S. FRANÇOIS DE SALES A PORRENTRUY
conclue par Christophe de Blarer avec les cantons catholiques de la Suisse. Les députés arrivèrent à Porrentruy le 5 juin 1 610 ; le 6 eut lieu à l’église des jésuites la cérémonie solennelle de la prestation du serment, suivie du Te Demn et des détonations répétées de l’artillerie de la ville et du château. Le 8, les alliés arrivaient àDelémont où ils acceptaient l'hospitalité d’un jour, pour reprendre le 9 le chemin de leurs cantons.
Ces réjouissances firent bientôt place à de tristes préoccupations et à de sérieuses inquiétudes. Déjà on avait cruellement souffert de l’hiver excessif de 1608, qui avait causé de grands désastres. 1 Des orages fréquents avaient mis en péril les personnes et les fruits de la terre.
Au mois d’août, le tonnerre n’avait cessé pendant trois jours de se faire entendre ; le 39 de ce mois, à 8 heures du matin, la foudre tombe sur l’église du collège, fend quelques poutres de la chapelle, pénètre dans le chœur, brise un grand crucifix placé au-dessus du maître-autel, atteint un père qui disait la messe et le jette à quatre pas de lui avec son servant.
L’annaliste du collège remarque quatre choses dans cet événement : le grand Christ frappé de la foudre resta suspendu à un seul clou : s’il s’était détaché, le prêtre eût été écrasé sous sa masse ; le père jeté violemment contre la grille du chœur n’eut aucun mal et put continuer la messe interrompue par cet accident ; il lui resta seulement pendant quelques jours sur le côté droit du corps, de la tète aux pieds, une ligne rouge de la largeur d’un doigt; — quoique l'autel fût atteint par la foudre, l’hostie consacrée et le calice restèrent intacts; la pale seule qui recouvrait le calice fut légèrement agitée. Toute la population attirée
par le bruit de la foudre, accourut au secours des jésuites, qui n’eurent aucun autre accident à déplorer. 2
En 1610, un fléau plus terrible frappa la ville et la remplit de deuil et de larmes. Vers la fin d’octobre, le libraire du collège, Philippe Espechs, reçut de Bâle une caisse de livres qui étaient infectés de la peste. Aussitôt la contagion se déclare; elle frappe de préférence les enfants, les jeunes filles et les enlève en quelques instants. La peur est à son comble dans la cité; on se sauve, on cherche
Fauteuil de S. François de Sales,
à la cure de Porrentruy.
1 ,Au mois de janvier, il y eut un tel froid qu’on n’en avait jamais senti de pareil. Il y eut une froidure que les arbres furent presque tous gelés et il n’y eut point de fruit. Le vin qui était en la cave de la ville (Delémont) fut gelé : on n’avait jamais ouï dire qu’il y gelât. L’eau des barages et des forges gela et demeura bien deux jours sans dégeler. Les murailles des poilles étaient toutes gievrées.u Journal
de Cuenin, 1608. = 2 Annales du collège de Porrentruy, année 1608.