CHAPITRE XXXIII
un refuge dans les villages voisins. Pendant trois mois, le fléau exerce ses ravages ; lorsqu’on le croit disparu, il éclate de nouveau dans une maison ; un jésuite, le père Jean Pierron, se dévoue et assiste avec courage les malheureux infectés. Quelques jours après, la peste avait entièrement disparu. Quatre-vingt-sept personnes avaient succombé au fléau.
Cependant le magistrat, craignant le retour du mal, fait défendre à la veuve du libraire, cause involontaire de ce désastre, „de vendre aucun de ces livres qui avaient apporté la peste, mais qu’elle les mènera ailleurs ou bien les vendra où qu’ils les avaient achetés. Touchant les draps du gindre Jolipier, qu’il les vendra ailleurs qu’en cette ville ou bien que premièrement, il ne les aye longtemps pendus et mis au vent hors la ville". 1
Des mesures pareilles furent prises à Delémont à cause des rapports de voisinage avec Bàle. Le conseil de ville, par un arrêté du 20 novembre 1611, défendit
„à tous bourgeois de n’aller à Basle". Les portiers eurent ordre „de se tenir à leurs portes et de ne laisser entrer personne qui apportera fardeau de Basle, ni laisser entrer personne étranger ni de la prévôté sans faire serment et ne laisser entrer aucun pauvre".
Quelques cas de peste s’étant déclarés dans les maisons du Vorbourg qui formaient un petit hameau au pied du château, le curé de Delémont demanda un laissez-passer pour aller visiter les malades. Le magistrat lui fit remontrer que „ Messieurs sont marris du danger et ne lui voulant et pouvant défendre d’aller visiter ceux de Vorbourg, mais de le laisser rentrer en la ville, qu’on ne saurait, ou si on le laissait rentrer qu’on le ferait tenir en sa maison". 2-
La peste disparue, Porrentruy reprit sa physionomie accoutumée; le 1er janvier 1612, les quatre compagnies banquetaient selon l’usage; huit jours après, le conseil invitait à un repas à l’hôtel de ville le prince et ses officiers. Le 17 février, on célébrait à Saint-Pierre un office solennel pour l’empereur Rodolphe II récemment décédé. Le prince officiait pontificalement ; chaque conseiller avait reçu du receveur de la ville trois sols pour offrir sur l’autel ; il y avait quarante-quatre torches. Un jésuite fit l’oraison funèbre; après quoi, on chanta une messe de la Ste Vierge „afin que Dieu inspire les électeurs à faire un bon choix". 8
Au mois de juin 1613, on représenta sur la place publique, pendant trois jours, la passion de Jésus-Christ ; c’était d'ordinaire le recteur des écoles qui rimait la pièce et dressait les personnages. La représentation fut si goûtée du conseil de la ville qu’il fit délivrer à chaque acteur une channe de vin et deux batz. 4 Plus tard, Messieurs du magistrat assistaient aux noces de la tille du chancelier du prince el faisaient présent à la jeune mariée d’un gobelet d’argent de vingt florins. Si on
1 Annales du collège de Porrentruy, année 1610. — Livre des départs et conclusions du conseil
de Porrentruy, 1S février 1611. = 2 Résolutions du conseil de Delémont, vol. A. aux archives de Delé-
mont. = 3 Livre des départs et conclusions de MM. de Pourrentruy, année 1612. = 4 Ibid., année 1613
Sceau de l’évêque Guillaume Rinck de Baldenstein.