CHAPITRE XXXIII
Il ne restait plus, pour achever la fondation du couvent, qu’à lui assurer quelques revenus fixes, pour mettre les sœurs à l’abri du besoin. Le prince Guillaume de Rinck qui avait supporté les frais de la bâtisse du couvent et de l’église, se chargea de la dotation: par un acte authentique et solennel, revêtu du grand sceau pontifical et du scel du chapitre de Bâle en cire verte, du 10 août 1627, il transmit aux sœurs Ursulines la propriété pleine et entière de tous les bâtiments, couvent et église, qu’il leur avait fait construire; il y joignit un capital de six mille livres de Bâle, portant trois cents livres de rente, et une redevance annuelle de dix bichots de froment et d’avoine et deux bichots de légumes secs. Les sœurs lui durent encore un beau calice d’argent doré et un grand crucifix d’argent avec croix en ébène, fabriqué à Augsbourg et qui coûta cinq cents livres de Bâle. 1
Tandis que le prince Guillaume Rinck de Raldenstein dotait Porrentruy et son évêché d’un couvent d’Ursulines, assurant ainsi aux générations futures des institutrices dévouées, il veillait à la garde de ses Etats, menacés par l’armée aventureuse de Mansfeld, et faisait fortifier son château, la ville et les frontières de l’évêché. Le comte Ernest de Mansfeld, à la tète des révoltés de Bohême, avait tenu en échec les forces de l’empire; obligé en 1621 de céder au nombre, il s’était retiré sur le bas Palatinat, d’où il passa en Alsace qu’il livra au pillage. L’évêché de Bâle avait tout à craindre de ce dangereux voisinage. Aussi s’empressa-t-on de prendre des mesures contre un ennemi aussi redoutable. Le 6 décembre 1621, le prince faisait avertir tous ses sujets valides de se tenir prêts à prendre les armes au premier signal. En même temps, il réunissait les États de l’évêché à Porrentruy pour prendre les résolutions propres à sauvegarder les frontières. Le bruit courait que le comte de Mansfeld était près de Haguenau; et on craignait qu’il ne vînt séjourner pendant l’hiver dans l’évêché, au grand dommage et ruine de toute la contrée. Réunis au château de Porrentruy (le mercredi 15 décembre 1621), les députés votèrent les impôts nécessaires pour assurer la défense du pays. Le danger devenant plus pressant, une nouvelle assemblée eut lieu le 3 mars, puis le 12 juillet de l’année suivante; on décida de mettre sur pied six bandières et de travailler sans délai aux fortifications du château et de la ville de Porrentruy. Ce fut le père gardien des capucins de Belfort, „ homme fort versé en telles affaires" qui fut chargé de faire les plans de forts qu’on se proposait de construire derrière le collège. Son plan fut trouvé trop vaste; on voulait seulement faire „un carré dessous du collège et tirer un rempart de là jusqu’à la grande tour du carré dudit collège".2 On s’adressa à un nommé Claude, ingénieur du prince de Montbéliard, qui fit „le portrait des forts de la ville." Les abords du collège découverts et à la merci du premier occupant, furent protégés par des tours et des murailles avec fossés formant un système de défense capable de mettre la partie haute de la ville à l’abri d’un coup de main. A la porte récemment construite, dans le voisinage du collège, on appliqua une forte tour, pouvant recevoir une forte garnison et se reliant avec la large tour du séminaire pour protéger les abords de la ville du côté de l'ouest. 3 A l'angle de
1 Voir V Histoire du Couvent des Ursulines de Porrentruy dans l’Histoire de Porrentruy, par M. Vautrey, 1. 1. p. 340 et suiv. = 2 Livre des départs et conclusions du conseil de la ville. — 3 La porte
du haut de la ville fut construite en 1618; c’était un édifice de forme carrée, percé de meurtrières,
d’étroites fenêtres et portant au-dessus de la porte barrée de fer, une sorte de mâchicoulis propre à la défendre contre l’ennemi. Elle était flanquée d’une forte tour qui lui donnait une physionomie guerrière.