LA GUERRE DE TRENTE -ANS DANS L'ÉVÊCHÉ DE EALE
Jean-Henri d'Ostein avait quarante-neuf ans, lorsqu’il fut appelé à succéder au prince Guillaume de Rinck. Il était prévôt du chapitre de Moutier, chanoine de la cathédrale et vicaire-général de l’évêché de Bâle. Le prince de Blarer lui avait prédit qu’il le remplacerait ; car prenant un jour Jean-Henri, encore petit enfant, par la main, il dit à ceux qui l'entouraient: „Get enfant marchera un jour sur mes traces. “ 1 Le règne du nouveau prince fut entièrement absorbé par les inquiétudes et les douloureuses préoccupations de la guerre et de la peste qui s’abattirent successivement ou simultanément sur ses Etats et y firent d’immenses ravages. Jean-Henri d’Ostein dut errer d’une ville à l’autre, d’un château à l’autre, cherchant un asile contre des ennemis nombreux, et se trouvant parfois sans ressources, sans escorte, presque seul avec un chancelier fidèle. Rien de plus lamentable que l’histoire de cette période désastreuse: Porrentruy eut particulièrement à souffrir du passage et du séjour des troupes amies ou ennemies. Pendant près de vingt ans, la ville fut aux mains du premier occupant et à la merci d’une garnison insolente et tracassière. Elle fut ruinée, dépeuplée, presque anéantie: aujourd’hui encore, après deux siècles et plus, on n’a pas oublié les Suèdes et leur cruautés. Les documents abondent sur cette triste époque; nous tâcherons de faire un récit fidèle, exact et clair de cette période si agitée de notre histoire.
On sait quelle fut l'origine de cette funeste guerre qui désola pendant trente ans une grande partie de l’Europe et ht en Allemagne de si désastreux ravages. L’empereur Mathias avait assuré à son cousm Ferdinand II. qui devait lui succéder, la couronne de Bohême (1617). L’électeur palatin Frédéric V ne vit pas sans inquiétude cet acheminement de Ferdinand à l’empire et il résolut d’y porter obstacle. Des protestants insultés dans leurs temples demandèrent une réparation qu’on ne parut pas disposé à leur accorder. Ce fut le signal d’un soulèvement général; on courut aux armes et Ferdinand fut déclaré déchu du trône pour n’avoir pas tenu le serment qu’il avait fait à son sacre de permettre à ses sujets de Bohême te libre exercice de leur culte. Telle fut la cause de la guerre de Trente ans. Nous n’en suivrons pas toutes les péripéties: tous les historiens ont raconté les événements qui marquèrent cette période agitée et sanglante. Nous bornerons notre récit aux événements qui ont eu pour théâtre la ville de Porrentruy et les villages environnants.
Un historien contemporain, qu’on croit être le P. Sudan, auteur de la Basilea sacra, a écrit l’histoire de cette lamentable époque : son ouvrage, traduit du latin en français par M. Trouillat, a pour titre: „Epitome rerum in Episcopat a a principe J. H. ab Ostein gestarum.u II est regrettable que l’auteur ait mis si peu d’ordre dans son récit; on a beaucoup de peine à suivre T enchaînement des faits qu'il raconte et à en fixer la date. Cependant c’est une source précieuse de renseignements à laquelle on doit avoir recours pour compléter les données fournies par les actes officiels dont regorgent nos archives. Quelques notes jetées â la hâte dans leur journal de famille par deux contemporains, Jean Guenin et Triponé, sauvées de la destruction par de nombreuses copies, donnent sur les événements souvent si embrouillés de cette époque des détails et des éclaircissements qui ont une valeur réelle. A ces documents authentiques, il faut ajouter le récil fait par les jésuites, année par année, et consigné avec soin dans les annales du collège
1 P. Voisard. Histoire des évêques de Bâle, p. 402. Evêques de Bâle *