CHAPITRE XXXIII
de Porrentruy. Témoins oculaires, acteurs et victimes de ces temps calamiteux, ils méritent toute créance.
L'évêché de Bàle, éloigné d’abord du théâtre de la guerre, pouvait se croire à l’ahri des armées belligérantes. Mais les victoires du roi de Suède, Gustave Adolphe, étaient si soudaines; il se transportait avec une telle rapidité d’un bout à l’autre de l’empire, cpi'il fallut bientôt mettre en sûreté toutes les frontières et armer toutes les places capables de résister à l’ennemi. Gomme prince d’Allemagne, l’évêque de Bàle devait, en temps de guerre, contribuer, soit par ses hommes, soit par son argent, aux frais de la campagne. En 1(329, il dut subir un impôt mensuel de quatre mille florins : les États furent réunis à Porrentruy le 23 octobre, puis le 4 février de l’année suivante, pour répartir sur tout le pays cette lourde charge. Le prince fit de vains efforts pour obtenir un allégement; il alla lui-même trouver à Engesey le comte d’Anhalt, commissaire impérial; il députa auprès de l’empereur le jésuite Gaspard Helin, dont le crédit était connu,
Les malheurs de la guerre, d’après Callot.
pour intercéder en faveur de l’évêché: toutes ces démarches furent inutiles; il fallut subir cet impôt onéreux ou recevoir dans l’évêché trois compagnies d’infanterie. On préféra payer l’impôt mensuel de quatre mille florins. Pour la sûreté de l’évêché, on leva trois compagnies de troupes du pays qui furent entretenues aux frais de toutes les communes. Delémont paya pour sa part mille florins par mois.
L’ennemi était encore loin et l’évêché paraissait devoir échapper longtemps à ses atteintes; aussi y cherchait-on refuge. En 1632, plusieurs jésuites de la province supérieure du Pihin, de Landsperg et même d’Ensisheim, puis les religieuses annonciades de Haguenau, apportant avec elles la Vierge miraculeuse de leur couvent, vinrent demander asile à Porrentruy. Les nouvelles désolantes que ces fugitifs apportaient des pays ravagés par la guerre, augmentaient d’autant les appréhensions des bourgeois et de la cour épiscopale. Aussi le 21 décembre I 632, le magistrat de Porrentruy, voulant pourvoir à de fâcheuses éventualités, „ voyant le danger imminent de guerre et comme nous sommes délaissés, pour être assistés de bons capitaines, et soldats permanents pour aider à protéger et défendre la ville", décida de remontrer ces nécessités à Son Excellence. „On retirera les litres de la ville, de l’hôpital et de l’église, avec la vaisselle en quelque