‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 189 sur 612 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

Aussitôt le prince les envoie au Rhingrave Othon-Louis et au maréchal Horn pour intercéder en sa faveur et obtenir la sauvegarde de l’évêché. Les chefs de l’armée suédoise accueillent favorablement les députés suisses et leur donnent les promesses les plus rassurantes. 1 A cette nouvelle, l’espérance renaît dans l’évêché (1633), mais ce ne fut qu’une courte trêve qui devait être suivie des plus cruelles alarmes.

Le 1 1 mars 1634, la ville de Belfort tombe aux mains des Suédois. On annonce leur arrivée prochaine ; la terreur est à son comble dans toute l’Ajoie. Le 20 mars, vers le soir, un trompette suédois paraît sous les murs de Porrentruy, invitant la ville à se rendre. On tient les portes fermées et on ne donne aucune réponse. Le lendemain, une troupe de cavaliers ennemis paraît aux abords du château. Aussitôt on ferme les portes de la place, on sonne les cloches; on court aux armes, les murailles se garnissent d’hommes armés.

A quelques pas de la ville, les rangs s’ouvrent, un parlementaire s’avance, faisant flotter un drapeau blanc, signe de paix. „ Ouvrez vos portes à nos soldats, s’écrie-t-il, ils vous défendront contre les Impériaux qui vous menaçent; sous leur garde, vous vivrez en repos. “ Le péril était grand ; seule, la ville ne pouvait se défendre; il fallait gagner du temps et appeler du secours. La demande de l’envoyé est accueillie: la ville remercie la troupe suédoise de ses bonnes dispositions. Les magistrats vont s’entendre sur les conditions auxquelles les portes seront ouvertes à ces généreux gardiens. En attendant, on invite la troupe suédoise à camper dans les villages voisins où on leur donnera asile. Les Suédois se retirent assurés du succès. Deux députés suisses les accompagnent jusqu’à Ghevenez, Courtedoux, etc., où ils prennent leurs quartiers.

Pendant ce temps, les deux autres envoyés suisses se rendaient en toute hâte à Montbéliard où résidait le marquis de Bourbonne et lui demandaient secours et assistance pour l’évêché de Bâle. Le roi de France, Louis XIII, répondant aux prières du prince d’Ostein, lui avait promis solennellement de prêter aide et sauvegarde, „très aise, écrivait-il le 12 mai 1633, de vous faire paraistre en toutes occasions ma bonne volonté en vostre endroit". A la suite de ces assurances, les députés suisses avaient déjà fait quelques jours auparavant (16 mars) une démarche auprès du marquis lequel avait les promesses de secours les plus rassurantes pour l’avenir. Le général français accueille de nouveau avec une faveur marquée les envoyés de Porrentruy et leur renouvelle ses promesses. 2

Les Suédois, impatients de posséder la capitale de l’évêché, réclament dès le lendemain la prompte reddition de la ville. Les députés suisses font de nouvelles promesses: on va débattre les conditions. Pour traiter plus à l’aise ce grave sujet, on invite à dîner au château le lieutenant du Rhingrave. Plein d’espoir, cet officier accepte l’invitation, ne doutant point que la place va lui être remise. On se met à table; la confiance la plus grande règne de part et d'autre; le prince d’Ostein est â Delémont où il surveille la défense de l’évêché; le château est aux mains de ses hôtes; le lieutenant remet, après boire, les affaires sérieuses. Tout

1 Annales du collège de Porrentruy, 1633. = 2 Louis XIII avait en même temps écrit aux cantons

catholiques, „ses très chers, grands amis, alliés et confédérés, qu’il s’employerait très volontiers cy après, lorsqu’il en sera besoin, à ce que les terres de l’Evesque de Basle ne soient point molestées par les armées suédoises ... à quoi il est porté, tant à cause que le dit Evesque est l’allié des Suisses que par l’affection qu’il a à départir sa protection favorable aux ecclésiatiques ; — Fontainebleau, 12 mai 1633. Signé: Boutheller. “ (Aux archives de Porrentruy; Guerre des Suédois.)

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