‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 206 sur 612 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

traiter avec les jésuites de la reddition de la place; qu’on avait intercepté des lettres très compromettantes et que deux jésuites avaient escaladé les murailles et avaient passé à l’ennemi. Malgré l’heure avancée de la nuit, une enquête fut faite immédiatement et constata la présence dans leurs cellules de tous les jésuites du collège.

On trouva enfin un faux témoin qui fit tomber sur les dignes religieux les accusations les plus graves. C’était un espion lorrain, nommé Malemort. Il se dit chargé par le duc de Lorraine d’une mission secrète pour les jésuites qui ont promis d’ouvrir une brèche au mur du collège pour faire entrer secrètement les soldats de l’Empire. Les jésuites protestent en vain de leur innocence; le comte de la Suze donne, sans les entendre, l’ordre de les expulser de la ville et de transporter au château toutes leurs provisions.

C’était le 7 janvier 1636. Le froid était des plus vifs. Vers une heure de l’après-midi, Vignancourt etCadaniel entrent dans le collège avec quelques soldats. On mande les jésuites; les treize Pères paraissent. Tout autour de la salle, les soldats braquent sur eux leurs fusils. Le capitaine lit la sentence d’expulsion et enjoint aux religieux l’ordre de partir sur-le-champ. En vain le P. recteur réclame, proteste de son innocence, de celle de ses confrères; l’ordre est sans appel; les jésuites durent quitter la ville aussitôt et laisser le collège au pillage et à l’abandon.

Saint-Ursanne, occupé alors par les Impériaux, était le seul asile qui s’offrît à eux; partout ailleurs les Français, maîtres du pays, les auraient repoussés. Ce ne fut qu’au milieu des ténèbres de la nuit, arrêtés à chaque pas par les difficultés du voyage sur une route couverte de neige que les pauvres religieux arrivèrent aux portes de la ville. Pour comble de malheur, elles étaient déjà fermées et ils durent chercher un asile dans une maison du faubourg et y attendre le lendemain. Dès le matin, les jésuites se séparèrent et se dirigèrent vers d’autres collèges de la compagnie. Le P. Morel resta seul avec deux frères qui n’avaient pas la force d’aller plus loin; ils se retirèrent dans une ferme de la montagne appartenant au collège.

L'expulsion des jésuites de Porrentruy fit grand bruit dans tout le pays et aux environs. L’ambassadeur de France à Soleure s’en plaignit au comte de la Suze, qui ordonna une enquête sérieuse. Malemort, le dénonciateur, se rétracta d’abord et reconnut qu’il avait faussement accusé les jésuites; puis, enhardi par les menaces de Cadaniel, il revint sur ses aveux et chargea de nouveau les religieux. Dans ces conjonctures, le recteur du collège n’hésita point, malgré la rigueur de la saison, à porter ses réclamations et ses plaintes au roi de France lui-même. Il arriva à Paris pendant le carême; prévenu contre lui par le comte de la Suze, Richelieu refusa de le recevoir et le mit aux arrêts dans la maison professe de la rue de Saint- Antoine. Le P. Morel, réduit à se défendre dans un mémoire justificatif, fit si bien valoir ses moyens de justification, que Richelieu, après l’avoir lu, remit la conclusion de l’affaire à son secrétaire et au provincial de France, le P. Etienne Rériet.

Tout en reconnaissant l’innocence des jésuites de Porrentruy, on crut plus prudent, puisque la ville était occupée par une garnison française, de remettre le collège à des Pères français. Le P. Morel ne put rien obtenir de plus: il revint à Porrentruy installer dans leur nouveau poste, les jésuites français, les P. Pierre- Étienne Eienassis et Désiré Poiche. Ils furent reçus avec empressement par la population si éprouvée par l’occupation militaire.

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