‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 207 sur 612 · RIGUEURS DE L'OCCUPATION MILITAIRE · texte numérisé non relu

RIGUEURS DE L'OCCUPATION MILITAIRE

Depuis le départ des jésuites, la misère n’avait fait qu’augmenter. Outre la garnison ordinaire, la ville avait dû recevoir et nourrir pendant trois mois les soldats échappés au massacre de Saint-Ursanne et leur chef l’écossais Braun. Exaspérés des mauvais traitements que leur faisail subir cette troupe insolente, les habitants des bords du Doubs s’étaient joints aux bourgeois de la ville et avaient massacré la garnison: vingt-trois soldats avaient été égorgés; dix ou douze autres avaient trouvé un refuge dans la maison du suffragant, l’évêque de Chrysopolis, Jean-Bernard d’Angeloch. Le commandant de la garnison était absent en ce moment; à son retour, il apprit d’une vieille femme qu'il rencontra la nouvelle du massacre de ses soldats. Aussitôt, saisi de terreur, il changea de route et, par des sentiers détournés, il gagna au plus vite les murs de Porrentruy. Il fallut lui donner asile et recevoir avec lui les soldats qui le rejoignirent en grand nombre et qui maltraitèrent les bourgeois de mille manières, à l’exemple de Forbes. 1

La ville essaya de réclamer auprès du comte de la Suze, tout en protestant de sa soumission aux ordres du général français. Le comte se contenta d’exhorter les bourgeois à rester fidèles au service du roi. „Vous en recevrez, disait-il, beaucoup plus d’avantage que ceux-là qui ressemblent aux oiseaux qui sont englués et ne cessent de se tourmenter et débattre jusques à leur ruine totale." 2 Sur de nouvelles plaintes faites par les bourgeois, il reproche, le 8 mars 1636, au conseil „de ce qu’il se plaint des trente hommes qui sont arrivés pour la garde de votre ville ... Il faut que je vous dise que vous ressemblez aux malades qui n’approuvent les bons remèdes donnés par le médecin". Il invite le conseil à empêcher les bourgeois de quitter la ville et à nommer les meilleurs aux magistratures vacantes. 3

Obligée de fournir pour 473 livres de blé à la garnison, de payer près de 3000 livres pour l’entretien de la cavalerie du capitaine Braun, sans compter les frais ordinaires occasionnés par les soldats français, la pauvre ville était à bout de ressources; les vivres se vendaient à des prix exorbitants. Le pot. de vin coûtait 15 sols, soit 1 fr. 33 cts. de notre monnaie ; le penal de blé 3 livres bàloises; un œuf 1 sol soit 9 centimes; un pain de 5 sols se vendait 12 sols 6 deniers; le sel 2 sols ; 1 livre de viande 1 sol 6 deniers; une poule 20 sols soit, 1 fr. 78 cent. 4 Malgré cette détresse générale, le comte de la Suze donna l’ordre, le 17 mai 1636, aux capitaines commandant à Porrentruy et aux maires et maîtres-bourgeois de recevoir et loger les gens de guerre du régiment du colonel Smitberg pendant dix à douze jours. La ville était presque déserte. En vain le général français avait fait publier une ordonnance qui enjoignait aux bourgeois absents de rentrer en ville sous peine de se rendre coupables de lèse-majesté envers le roi de France, de voir leurs biens confisqués et vendus et d’être arrêtés et mis en prison en quelque lieu qu'ils fussent rencontrés (5 mai 1636). Le 12 mai, dernier terme laissé aux fuyards, personne n’avait reparu en ville; la peur était générale. Le 15 mai, le comte de la Suze publia une autre ordonnance un peu moins sévère par laquelle il avertissait ceux qui ne rentreraient pas, qu’il serait prélevé sur leurs biens autant qu'il faudrait pour nourrir les soldats du roi. 5 Cette ordonnance n’eut pas plus d’effet que la première. Le sort qu’avait eu le bailli de Delémont, faisait craindre de cruelles représailles.

1 Les Suédois, p. 64. = 2 Lettre du 14 janvier 1636, aux archives de Porrentruy. = 3 Lettre du 8 mars 1636, ibid, = 4 Journal de Guenin. = 5 Les Suédois, p. 89.

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