CHAPITRE XXXIII
Montagnards réclamèrent auprès de l’évêque de Bâle qui porta ses plaintes à la diète de Baden : on n’obtint que quelques bonnes paroles qui restèrent sans effet. Les Français ne touchant que rarement leur solde, continuèrent à se livrer au vol et au pillage. Un jour, ils arrêtèrent des marchands bourguignons chargés d’argent entre Bienne et Sonceboz et les traînèrent à Porrentruy, pour leur extorquer une rançon. Le bailli d’Erguel, Benoît Thellung, se vengea de ce coup de main en faisant mettre aux fers un certain nombre de soldats qui pillaient dans son bailliage.
Les Impériaux étaient aussi pillards que les Français. D’Altkirch où ils avaient garnison, ils se jetaient sur l’Ajoie et s’emparaient du bétail qui leur tombait sous la main. Un jour, pendant que le curé de Courgenay célébrait l’office divin et que tous ses paroissiens étaient à l’église, ils firent sortir des écuries tous les chevaux qu’ils purent rassembler et les emmenèrent. Une autre fois, ils se précipitèrent pendant la nuit sur les villages de Montavon et de Séprais et s’emparèrent de vive force des vaches, des bœufs, des chevaux et de tout le bétail des habitants et des voisins qui s'y étaient réfugiés.
Vers le même temps, dans les derniers jours de mai (1 637 ), quelques régiments suédois, qui s’étaient tenus cachés pendant l’hiver en Alsace, traversèrent l’Ajoie pour rejoindre en Bourgogne l’armée suédoise qui avait passé l'hiver dans le Lyonnais et le Bussigny. Pendant leur passage, ces soldats firent subir d'horribles traitements aux pauvres paysans d'Ajoie qui étaient rentrés en petit nombre dans leurs villages. Surpris à l'improviste par l’arrivée des Suédois, le curé de Charmoille voulut se rendre en toute hâte à l’église pour sauver les vases sacrés; mais il fut tué par une balle et le village pillé et mis à sac. Après le départ des Suédois, l’Ajoie était comme un désert; les maisons abandonnées servaient de repaire aux bêtes fauves; des crapauds, des serpents, des reptiles immondes y pullulaient; tout était plein d’horreur, la terreur régnait partout; les ruines surgissaient de toutes parts. Lorsque des voyageurs traversaient les villages, la peur les gagnait, leurs cheveux se dressaient de frayeur ’. Tel est le témoignage d’un témoin oculaire.
Les Suédois, sous la conduite du prince de Weimar, traversèrent encore le territoire de Porrentruy le 28 juin de la même année et achevèrent de ruiner la malheureuse Ajoie. Le prince logea à Aile et les Français à Fontenais ; ils partirent le 30 juin se dirigeant vers Montbéliard. A Porrentruy, la garnison ordinaire continuait à peser lourdement sur les pauvres habitants. Du 6 juillet au 5 octobre 1637, on dut pourvoir à l'entretien d'une compagnie de cavalerie composée de 40 maîtres et de plus de cent chevaux, sous les ordres de M. de Courlon et de deux compagnies d’infanterie de soixante-dix hommes commandées par le chevalier de la Touche et M. de Pierrefonte1 2.
„Le 30 juillet, dit l’annaliste Guenin, M. de Ally qui commandait l’armée française, revenant de Bourgogne, passa par Porrentruy; ses soldats détruisirent tous les blés et jardins et s’en allèrent loger à Aile. Le 31 ils sortirent, en mettant le feu dans le village, brûlèrent toute la rue près de l’église, démolirent trente-six maisons et allèrent brûler le château de Morimont et passèrent le
1 Les Suédois, p. 175. = 2 „Poui' la cavalerie de M. de Gourion qui arriva en garnison avec les
deux compagnies de M. de Pierrefonte et de la Touche, 1500 livres. (Comptes de la ville 1637.)