PRISE DE SAINT-URSANNE PAR LES FRANÇAIS
Les sorties des Français pour assurer le transport de leurs blés achetés en Suisse n’étaient pas aussi heureuses. Les Impériaux de Saint-Ursanne et les gardes du Repais menaçaient d’intercepter les convois et de s’en saisir. Un jour une partie de la garnison de Porrentruy arriva à l’improviste au sommet des Rangiers, brûla le corps-de-garde du Repais et ramena trois prisonniers en ville. Les blés n’en furent pas moins interceptés. Fatigué de ces entraves continuelles apportées à la circulation des céréales destinées à la France, le comte de Grancey réunit un fort détachement de soldats et posta des gardes de distance en distance à tous les passages jusqu’au village de Tavannes: au retour, il brûla en passant sur le mont Repais les bois préparés pour y construire un nouveau corps-de-garde. La garnison impériale de Saint-Ursanne n'en continua pas moins ses actes de déprédation et de rapine. Irrité du peu de succès de ses menaces, le comte de Grancey résolut de s’emparer de cette ville et d’en expulser ces soldats indisciplinés. 11 fit transporter sur le mont Repais des échelles, des planches, tous les engins nécessaires à un siège; on hissa, à l’aide des roues et des cordes, sur le rocher d’Outremont, une grosse pièce de canon pour battre de là le château. Le 19 mars 1637, il envoya un tambour demander la reddition de la place. Louis Boichat, bourgeois de Saint-Ursanne, qui était en sentinelle dans un poste avancé, répondit à l’envoyé du comte, sans consulter personne : „ Allez dire à votre maître que nous sommes déterminés à nous défendre jusqu’à la dernière extrémité, et que nous ne manquons ni de courage ni de munitions." Le comte irrité ordonna aussitôt à l’artillerie de battre en brèche les murs du château. Au même instant, l’infanterie cachée près du moulin Grillon, s’avança vers la ville. Cependant une troupe de paysans, en embuscade sur la rive gauche du Doubs, ne cessaient de tirer sur les Français dont un grand nombre tombèrent morts ou furent dangereusement blessés. 11 y eut un moment d’hésitation parmi les assaillants; mais, reprenant courage, ils se précipitèrent contre les murs, dressèrent leurs échelles et se disposèrent à monter à l'assaut. Alors les bourgeois, se voyant trop faibles, passèrent le pont pour se sauver dans les montagnes où les femmes et les enfants étaient déjà en sûreté.
Le commandant de la garnison impériale, qui occupait le château, était résolu à le défendre jusqu'à l’extrémité; mais ses soldats refusèrent de lui obéir, et, après une courte résistance, ils demandèrent à capituler. Le comte leur ayant accordé la vie sauve, ils déposèrent leurs armes et se retirèrent. La ville fut livrée au pillage; l’église et la maison du suffragant de l’évêque furent seules respectées.
La prise de Saint-Ursanne fut annoncée par les Français dans toute l'Europe comme un grand événement, comme la prise d’une ville des plus fortes et des plus importantes, qui pouvait couper les vivres au royaume. On publia même des gravures qui représentaient la ville de Saint-Ursanne, fortifiée par les Français, munie de retranchements et de circonvallations, entourée de même que son château d'un fossé profond, rempli par les eaux du Doubs pour augmenter les forces de la place. 1
De Saint-Ursanne, les Français firent une expédition aux Franches-Montagnes. Ils dévastèrent le village de Montfaucon et y prirent environ trente chevaux qu’ils emmenèrent avec eux. Le comte de Grancey exigea une forte imposition. Les
1 Abeille du Jura, p. 2 et 255. — Les Suédois, p. 127.