‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 223 sur 612 · BÉAT ALBERT DE RAMSTEIN, ÉVÊQUE DE BALE · texte numérisé non relu

BÉAT ALBERT DE RAMSTEIN, ÉVÊQUE DE BALE

de cavalerie et d’infanterie." Le prince fit présent an commandant de Vignanconrt d’une chaîne d’or de la valeur de cent louis d’or.

Il y avait seize ans que Porrentruy était occupé par les armées ennemies. Aussi la pauvre ville offrait-elle le plus triste spectacle! Soixante de ses maisons étaient complètement ruinées, pillées, dévastées par les soldats qui avaient emporté jusqu’aux serrures et aux ferrements des portes ; la plupart étaient devenues inhabitables. Des 300 bourgeois propres à porter les armes, qu’on comptait an commencement de la guerre, il en restait à peine 60; les autres avaient succombé à la peste qui faisait encore des victimes en 1646, 1647, 1648, ou bien ils avaient cherché un refuge dans les pays voisins. Des 3000 Ajoulots bons au service militaire, on en comptait encore 700 ! Les pertes de la ville furent estimées, pièces et preuves en mains, à 992,055 livres bâloises soit 553,823 fr. 89 c., somme énorme pour l’époque, qui représente au moins deux millions de notre monnaie. 1

Tandis qu’on faisait au château de Porrentruy les réparations les plus urgentes, le prince de Ramstein se faisait sacrer à Delémont dans l’église de S. Marcel par son suffragant Thomas Henri ci assisté des abbés de Lucelle et, de Beinwyl (1er mai 1651). Le mois suivant, au rapport d'un témoin oculaire, „Son Excellence partit de Delémont pour établir sa résidence avec toute sa cour à Pourrentruy ; et le même jour M. Nicolas-Guillaume de Reinach fit, son entrée à Pourrentruy pour y desservir la charge de grand maistre d’hostel et de chastelain de la ville de Pourrentruy “ . A peine installé dans sa nouvelle résidence, l’évêque de Bâle tomba malade et mourut, le 25 août 1651: il n’avait régné que quatre ans et neuf mois. „On croyait, est-il dit au Journal de l'avocat Vergier, tenir secrette sa mort quelque temps pour considération, mais à cause de ses frères, sœurs et. parents qui ne pouvaient dissimuler le ressentiment qu’ils avaient d’une telle perte, fut tôt sue et connue. Le 2 septembre, Messieurs les prévost, mayre, maîtrebourgeois et deux conseils, par permission de MM, du haut chapitre de Basle, furent jetter de l’eau béniste sur sa dite Excellence exposée en la basse chapelle du chasteau, et le lundi 4 de septembre, ensuivant, à 10 heures du matin, fut enterré sous le grand autel des RR. PP. jésuites de Pourrentruy. Le lundi 1 1 de septembre fut célébré le septième de Son Excellence à la grande église et en après le même jour à l’église des RR. PP. jésuites. “ 2 Le Prince Béat Albert portait dans ses armes: de sable à deux bâtons fleurdelisés d’argent passés en sautoir.

„Le 15 septembre 1652, Messieurs du haut chapitre capitulèrent presque tout le long du jour au chasteau, sans doute des conditions et réserves qu’ils désiraient

1 Archives de Porrentruy. Goritributions de la ville dans la guerre de Trente-ans, Ir8 section, N° 6. =

2 Journal de Jean Nicolas Vergier, p. 3, 4. 5, 6. M. J. N. Vergier, dont, nous avons sous les yeux le journal tenu de 1646 à 1675, était fils de Jean-Vergier et d’Euphrosine Ragachin. Il naquit à Porrentruy le 28 juin 1610. Après ses études faites à Porrentruy, il reçut à Dole le bonnet de docteur in utroque jure (30 mars 1625). 11 se maria le 3 septembre 1646 avec Mlle Marie Anne Bajol, qui lui donna plusieurs enfants; une de ses filles, Jeanne Marie, fut Annonciade à Porrentruy; une autre, Jeanne Ursule, se maria avec J. J. Wicka de Delémont; ses deux fils Melchior Joseph et. Christophe Ignace furent avocats. Jean Nicolas Vergier occupa à Porrentruy une position honorable; en 1676, îe prince-évêque de Bâle l’investit, de la charge de prévôt. Son journal, tenu pendant près de 30 ans, offre un très grand intérêt pour l’histoire de cette époque, à laquelle il s’est trouvé mêlé. Nous y puiserons des renseignements curieux et inédits sur la vie de Porrentruy au siècle de Louis XIV.

Sceau de

Prince de Ramstein.

d’être gardées par un nouveau eslu Evesque; et le dimanche ensuivant, sortirent tous de Pourrentruy pour Delémont et le lundi 18, firent élection solennelle d’un nouveau prince et evesque, en présence de Messieurs les révérends prélats de Lucellain (Lu celle), Beinwyl et Paris (en Alsace), tous trois scrutateurs. Et fust choisi et esleu canoniquement en telle charge et dignité M. Jean-François de Schœnau, prévôt du chapitre de Basle et haut doyen de l’Evesché d’Eichstatt." 1

La famille de Schœnau était une des plus anciennes de l’évêché. On trouve son nom cité dans les chartes du XIIe siècle: Melchior de Schœnau, très renommé par son savoir, était vers le milieu du XVIe siècle, grand-baillif des quatre villes forestières. Aux Schœnau appartenait la charge de grand écuyer tranchant de l’évêché de Bâle. Jean-François fit ses études à Porrentruy, à Fribourg, à Lucerne, puis au collège germanique à Rome. Pourvu d’un double canonicat à Eichstatt enFranconie et à Bâle, il fut. pendant la désastreuse période de la guerre de Trenteans, employé avec succès à l’administration difficile de l’évêché. 2 A peine élu, le nouvel évêque prit possession du château de Porrentruy. „Le mardi 19 septembre (1652), toute la bourgeoisie fut en armes à dessein d’aller au-devant du nouveau prince. La cavalerie étant au nombre de trente sans MM. les grand maire, chancelier, prévost, mayre, deux maître-bourgeois, commandé par M. le capitaine La Bresche. Le sieur Jean-Christofle Bellené le lieutenant et le fils de M. le Dr Coulon, cornette, lui alla au-devant jusqu’au pré Genelz, entre les deux fins de Courgenay et de Gornol, et là salué par la cavalerie à coup de pistolet. Et MM. les grand maire, chancelier, prévost, mayre, maître-bourgeois et grand mayre, ayant mis pied à terre, ils luy allèrent au-devant faire la révérence. M. le grand mayre le saluant et recevant au nom de tout le pays, et M. le prévost au nom particulier de la ville. M. Schütz, docteur et conseiller de Sadite Excellence, par commandement d’icelle, ayant fait le remerciement et à l’un et à l’autre ; après quoy fut derechef salué par la cavalerie d’une belle décharge. Quoy faict, la cavalerie prenant l’avant-garde pour tirer contre Pourrentruy, l’infanterie du pays qui étoit rangée en bataille, en leur rendez-vous qu’estoit entre les deux fins, reçurent pareillement Sa dite Excellence d’une décharge et ensuite par l'infanterie bourgeoise commandée par M. Bennot, lieutenant de ville, Nicolas Bellené enseigne, campée derrière les Vauches près de la haute Saulce. Estant arrivé à Saint-Germain, Sadite Excellence, avec tous les seigneurs chanoines, prélats et toute la noblesse, mit pied à terre, et entré qu’il fut dans l’église, le sieur curé avec tout le clergé de ce lieu lui ayant fait révérence et congratulé, fut chanté le Te De ion laudamus, pendant quoy l’on sonna toutes les cloches de l’église Saint-Pierre. Gela fini, l’infanterie bourgeoise gagna la ville pour border la rue de ça et de là de la maison de ville, et la cavalerie tenant toujours l’avant-garde, passa par le milieu, et arrivant Son Excellence un peu delà de la maison de ville, fut faite la deuxième décharge de la bourgeoisie. Étant arrivé au château, la cavalerie rangée en bon ordre, après que Son Excellence fut descendu d’à cheval, luy fit une profonde révérence, et étant monté dans sa chambre ou dans la salle à son honneur, fit une troisième décharge, puis sortit du chasteau. L’infanterie bourgeoise logée pareillement dans la cour dudit chasteau, fit aussi sa décharge et descendit par la coste. L’infanterie paysanne logée au dehors en fil. le même par après. La cavalerie et infanterie descendues, celle-là

1 Journal Vergier, p. 7. = 2 P. Voisard, Histoire des évêques de Bâle, p. 486.

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