CHAPITRE XXXIII
L’acte de confirmation des franchises de Porrentruy porte la date du 20 novembre 1652. Ce ne fut qu’en 1653, presque deux ans après son élection, que le prince de Schœnau reçut la consécration épiscopale. La cérémonie se fil avec beaucoup de solennité dans l’église des jésuites le dimanche après la Fête-Dieu (15 juin 1653). Le suffragant de Bâle, Thomas Henrici, évêque de Chrysopolis in partibus, assisté des abbés de Lucelle et de Beinwyl, fut le prélat consécrateur. Le frère du prince, Marc de Schœnau, capucin, fit le sermon de la fête. Le jeudi auparavant, le prince avait porté lui-même le Saint-Sacrement à la procession de la Fête-Dieu et chanté la grand’messe à l’église de Saint-Pierre. On avait remarqué qu’il avait lui-même donné à baiser la patène à tous ceux qui étaient allés à l’offrande. Ce fut dans l’église des jésuites, le mardi 17 juin 1653, pour actions de grâces de l’élection du roi des Romains, que Jean-François de Schœnau célébra son premier office pontifical. „ Pendant la messe, est-il relaté au Journal de Vergier, le canon de chasteau et de la ville joua trois fois, savoir â l’évangile, à l’élévation et à la fin en chantant le Te Deum. Chaque salvade du château de treize coups et de la ville de douze coups de canon. A la sortie en montant au château, on tira encore six coups dès la grosse tour du convict. L’après dîné, environ les cinq heures, Son Excellence, accompagnée de sa cour et des prélats, descendit pour assister à la représentation qui fut laite â son honneur de la vie el du martyre de S. Pantalus, premier évesque de Basic, et dura jusqu'à onze heures du soir. “ Le théâtre, dressé dans les combles du gymnase, avait été construit aux frais du prince et, selon l’expression de Sudan, était magnifique. La pièce montée avec un grand luxe de représentation et de décors, eut un très grand succès. Dans l’épilogue le Rhin, vêtu de pourpre, racontait le martyre de S. Pantale. Il promettait sa protection à ses successeurs et en particulier à „ Son Benjamin qui gouverne à présent. L’église de Bâle, au milieu des applaudissements de la cour céleste, était conduite à travers les airs sur un char triomphal, traîné par les deux cignes de Schœnau, l’un rouge et l’autre blanc. Le tout se terminait par des chants, couverts d’applaudissements, au son des trompettes et des décharges d’artillerie de la Béfousse. “ 1
Quelques jours après ces fêtes, la bourgeoisie était de nouveau sur pied pour recevoir le prince de Montbéliard Léopold Frédéric et la duchesse Sybille son épouse qui venaient saluer le nouveau prélat (24 juin). Après le départ de ces illustres hôtes, on accueillit de même le marquis de Baden-Dourlac, un des grands vassaux de l’évêché qui venait rendre hommage à son seigneur et suzerain.
Après les épreuves si longues et si cruelles de la guerre de Trente-ans, la population de Porrentruy retrouvait avec bonheur ces réjouissances publiques qui contrastaient si fort avec les malheurs des années précédentes. Il se faisait dans tout le pays comme un immense réveil, et de toutes parts on relevait les ruines que la guerre avait faites si nombreuses. Cependant, toute inquiétude n’avait pas entièrement disparu.
„ En janvier I 652, dit M. Vergier, les troupes de son Altesse de Lorraine s’étant avancé et logé en quartier dans l’Alsace, par crainte d’être surpris dans la
1 La pièce a pour titre : „ Joye et gratulation publique, tesmoignée par une comédie de Saint Pantale. premier évesque cîe Basle, pour la solennelle consécration de Mgr le Rév. et 111. Jean François, évesque de Basle, Prince du S. Empire, représentée au collège de la G10 de Jésus à Porrentruy, tant par la bourgeoisie lettrée que par la noble jeunesse estucliante.* Programme de 12 pages in -4°, imprimé à Fribourg en Brisgau, en latin, en français et en allemand.