CHAPITRE XXXIII
frontières du côté de Belfort (janvier 1654). Pour éviter le sort des villages de Montbéliard, le prince consentit à fournir des vivres aux assiégeants devant Belfort. Le 16 janvier, on conduisit au maréchal de la Ferté, 15 chariots chargés de 12,180 rations de pain; on paya 30 ducats aux voituriers. Porrentruy fournit 4419 pains cuits (soit 90 bichots de blé et 22 pen.), Aile put cuire 7209 miches, Ghevenez 2533, en tout 14,161 pains que le Sr Ferandali, prévôt en l’armée du roi, reconnut le 18 janvier avoir reçus de Son Excellence l’évêque de Bâle. Le siège levé, le calme se rétablit dans l’évêché, et l’on en fui quitte pour la peur et les munitions fournies aux assiégeants.
Ces prises' d’armes si fréquentes tirent souhaiter avec plus d’ardeur le renouvellement de l’alliance avec les cantons suisses, dont le secours avait été si utile dans les temps de guerre.
Le prince de Schœnau, comme nous l’avons dit, désirait contracter alliance avec les treize cantons, sans distinction de croyance. Pour appuyer sa demande, et la faire valoir à la diète helvétique, il avait en 1653 prêté le secours de ses armes à la ville de Bâle, contre les paysans révoltés. Le 5 juin, une compagnie de cavalerie de quatre-vingts hommes sous la conduite du capitaine La Brèche et trois cents fantassins commandés par M. Charles de Gleresse s’étaient casernés à Laufon, à Zwingen, à Birseck, sur les frontières de l'évêché, prêts à appuyer les Bàlois, si besoin était.
„Les rebelles ayant fait leur soumission, sans coup férir, les soldats du prince de Schœnau furent congédiés le 20 juin." 1
Malgré le secours prêté aux Bàlois, les cantons réformés refusèrent le traité d’alliance proposé. L’évêque de Bâle se contenta de renouveler les anciens traités conclus depuis tant d’années avec les sept cantons catholiques. Porrentruy fut de nouveau en fêtes et en festins, à l'occasion de ce renouvellement qui se fit avec une pompe extraordinaire. Un témoin oculaire, qui fut en même temps acteur dans cette cérémonie, en fait un récit qui mérite d'être conservé. D’abord la veille de l’arrivée des députés suisses, le prince passe son armée en revue.
„Le dimanche 17 d’octobre 1655, Son Altesse (l’évêque de Bâle avait pris ce titre depuis le mois d’août 1654), ayant fait amasser trois régiments d’infanterie composés de chacun 5 compagnies faisant le tout 3200 hommes et 4 compagnies de cavalerie, composées de 170 maistres, sur la plaine entre Courgenay et la ville, sortit de son château avec la plus grande partie de la noblesse et vassaux de son Evesché pour aller voir la posture et l’ordre de ses bataillons, puis s’en retourna.
„Le lundi, 18 après midi, Son Altesse sortit de son château, pour aller audevant de Messieurs les députés des sept cantons catholiques, envoyés pour renouveller l’alliance, avec un très bel ordre, accompagné de tous ses vassaux, de 6 pages, 6 laquais, 12 trompettes, 15 archers bourgeois de la ville, choisis pour ce sujet, tous habillés des livrées de Son Altesse, savoir le drap de couleur bleue, les passements blanc et rouge, entremêlé et au milieu une tresse de jaune et noir, faisant mener trois chevaux de main troussés de pareilles livrées, et un homme à cheval habillé de même ayant deux timbales devant soi. Et ayant abordé ces Messieurs les députés, et salué, il leur présenta la collation qu’il avait fait conduire dehors près du Noirbois d’A Ile, et à cause du mauvais temps qui survint, n’y
1 Journal Vergier, p. 31.