CHAPITRE XXXIII
fit jouer le canon du château et de la grosse tour derrière le collège, et les fantassins et cavaliers rangés en bataillon derrière le collège firent leurs décharges. Icelui étant parachevé, Son Altesse exposa dans une bien belle monstrance, le très saint Sacrement de l'autel et l’ayant adoré, devant l'autel furent apportées sur une table les huit lettres chacune à huit sceaux auxquelles lettres étaient contenus les articles, conditions et réserves de leur alliance; et ayant Son Altesse sur les saints évangiles, prêté le serment en langue allemande d’observer inviolablement tout le contenu des dites lettres, MM. les députés, tous à genoulx et les doigts élevés, firent le même serment. En après, fut chanté le TeDeum laudamus , pendant quoy le canon du chasteau et de la grosse tour de la ville se fit entendre, comme aussi les cavaliers et piétons. Gela fait l’on s’en retourna dîner au château. Pendant dîné, les santés que l’on buvait, étaient toujours accompagnées de six coups de canon. A neuves heures du soir, l’on alluma un feu artificiel qui était dressé derrière le château et qui coûtait beaucoup et qui ne dura guère.
„Le jeudi 21, MM. du magistrat furent saluer MM. les députés, et le reste du jour fut employé au château â faire bonne chère. Le vendredi 22, MM. les députés prirent congé et s’en allèrent. Son Altesse les alla accompagner jusque derrière les Vauches. La bourgeoisie fut en armes avec le drapeau; le canon du château et de la ville leur dit aussi adieu. Repassant que Son Altesse fut par la ville, elle s’alla divertir au pré aux arquebusiers avec sa noblesse et MM. du chapitre. Ayant proposé à chacun un prix pour celui-là d’entre eux qui tirerait à la course à cheval le plus près du noir. M. de Roggenbach gagna celui d’entre MM. les capitulaires et M. de Flaxland celui proposé à la noblesse. Cela fait, s'en retournèrent conjointement au château continuer la bonne chère." 1
Quelques mois après le renouvellement de l’alliance, les Soleurois réclamèrent du prince de Schœnau l’exécution du traité et le secours armé qui leur était assuré en cas de guerre. Soleure craignait l’armée bernoise qui venait d’être battue à Villmergen et qui menaçait de prendre sur les cantons voisins une éclatante revanche. L’évêque de Râle envoya à Soleure, le 9 février 1656, deux cents piétons et soixante chevaux d’élite qui y restèrent jusqu’à la conclusion de la paix qui fut signée à Baden. Le 12 mars, „Son Altesse assista à une procession qui se fit sur les vêpres de l'église Saint-Pierre aux jésuites, là où fut porté le très saint Sacrement; l’on y chanta solennellement le TeDeum laudamus ; et ce même jour les soldats envoyés au secours rentrèrent dans la ville". 2
Ce fut à l’occasion de ces troubles de guerre, que les dominicaines d’Estavayer, effrayées et craignant la ruine de leur monastère, se réfugièrent à Porrentruy, ayant à leur tête leur prieure Sœur Jeanne Baptiste de Montenach. Le prince et le conseil de la ville leur firent le meilleur accueil (28 février 1656). Les vénérables religieuses ne firent qu’un court séjour à Porrentruy; la conclusion de la paix leur permit de rentrer bientôt dans leur maison d’Estavayer. Elles remportèrent de la ville qui leur avait donné asile, le meilleur souvenir. 11 y avait à cette époque une renaissance religieuse qui se traduisait par toutes sortes de fondations pieuses et de saintes entreprises. Après seize ans d’une occupation militaire qui avait dû se faire sentir par un relâchement de mœurs inévitable, après l’absence prolongée des jésuites, ces grands et infatigables travailleurs au
1 Annales du collège de Porrentruy, p. 48 et suiv. = 2 Ibid., p. 55.