LES PÈRES JÉSUITES A PORRENTRUY
salut des âmes, on sentait le besoin d’un retour sérieux aux habitudes et aux pratiques de la vie catholique: l’évêque de Bâle, les jésuites et les prêtres de la ville, auxquels se joignirent les magistrats de la cité, se mirent courageusement à l’œuvre. Aussitôt après le départ de la garnison, le suffragant de l’évêque de Bâle, Thomas Henrici, avec l’autorisation spéciale de l’archevêque de Besançon, administra le sacrement de confirmation dans l’église du collège, à une foule innombrable (1650): il y avait vingt ans qu’on n’avait confirmé à Porrentruy. La même année, les jésuites rétablirent la grande congrégation des bourgeois, qui réunissait dans des exercices communs, sous la direction d’un religieux du collège, la plus grande partie des hommes de la ville. Les magistrats, les hommes de loi, les médecins, tous les membres du conseil aulique, les membres des quatre compagnies, se faisaient un honneur d’appartenir à cette congrégation pieuse et d’en suivre les exercices.
Suivant un droit qui leur avait été octroyé en 1591 par l’archevêque de Besançon, sur les instances du prince de Blarer, droit dont ils avaient usé jusqu’à la prise de Porrentruy par les Français, les jésuites avaient la charge de prêcher tous les dimanches et fêtes à l’église paroissiale de Saint-Pierre. Quoique contesté à différentes reprises par les curés de Porrentruy, particulièrement en 1650, ce droit fut maintenu aux jésuites par les supérieurs ecclésiastiques et exercé par eux jusqu'à leur suppression. Au retour de la paix, en 1649, ce fut le P. Pierre d’Arimont, très illustre prédicateur, qui reprit possession de la chaire de Porrentruy, au grand profit de toute la ville. Ce religieux, entouré de l’estime publique, fut dès lors l’âme de toutes les entreprises pieuses de cette époque. A son arrivée, il demanda au magistrat de faire sonner tous les vendredis, à midi, la grande cloche de l’église paroissiale en mémoire de la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Cet usage subsiste encore aujourd’hui.
Ce fut lui encore qui rétablit avec beaucoup de solennité la confrérie du Saint- Sacrement. Érigée d’abord en 1615, par les soins du curé Clerc, cette confrérie avait comme disparu pendant les guerres. De concert avec le P. d’Arimont, le curé Jean-François Jobelot résolut de donner à cette association pieuse un plus grand développement et une existence plus assurée. On obtint de Rome une bulle d’agrégation à l'arcbiconfrérie du Saint-Sacrement de Notre-Dame dite sur la Minerve à P«.ome, en vertu de laquelle la confrérie de Porrentruy a part à toutes les indulgences et à tous les privilèges accordés par les souverains pontifes à l’association romaine. Cette bulle du 24 juin 1653 fut visée et fulminée à l’archevêché de Besançon et les statuts, dressés par les soins du P. d’Arimont, approuvés les 27 et 28 octobre 1653. «Ensuite de quoy, rapporte le maître-bourgeois Vergier, les confrères assemblés le troisième dimanche du mois de novembre (1653) en l'église Saint-Pierre de Pourrentruy, après les vêpres et procession du très saint Sacrement de l’autel fut faite élection d’un préfet ou recteur, de deux assistants, d’un secrétaire, un trésorier et douze conseillers, pour régir, gouverner et avoir un soin particulier du bien et de l’avancement de la confrérie. Et le troisième dimanche du mois de décembre, qui était le jour de la S. Thomas, 21 dudit mois, après les vêpres, la publication des officiers eslus fut faite ouvertement en ladite église Saint-Pierre, sous le crucifix. Et par pluralité de voix Mgr l’illustre et Révérend évêque de Basle Jean François de Schœnau fut élu préfet ou recteur; M. J. F. Jobelot, docteur et curé de Porrentruy et M. Jean Georges Schotlin chancelier de
Évêques de Bâle * 16