‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 246 sur 612 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

carrières de Bourrignon. L’évêque lui-même, assisté des seigneurs de sa cour, travaille de ses mains à les apporter aux maçons. Les écoliers de la ville amènent de la carrière, malgré le froid, les pierres destinées à la bâtisse. Le sable manque : trois Capucins, armés de piques et de pelles, font des fouilles dans la colline de la bonne fontaine et trouvent à un pied sous le sol une excellente sablonnière. Commencées le 24 mars 1G61, les murailles étaient prêtes, au commencement d’octobre, à recevoir la charpente. Les bois, donnés par le chapitre de Saint- Ursanne, furent transportés après trois jours de travaux, dans la neige, sur la cime de la Croix. De là le curé de Courgenay les fit amener à Porrentruy. Le seigneur de Morimont, M. de Vignancourt, fit aussi conduire à Charmoille des arbres donnés par lui aux Capucins de Porrentruy.

La charpente fut dressée, le 5 octobre 1661, en présence du prince; cinquante bourgeois de la ville prêtèrent main forte à ce pénible travail.

Les dons affluèrent pendant la bâtisse; les sympathies pour les Capucins se manifestaient de toutes manières. Tous les jours, nobles et bourgeois, le prince en tête, aidaient aux travaux de construction. En outre les riches, les étrangers, les chapitres, les abbayes, contribuaient de leurs deniers à l’œuvre commencée. L’archiduc Charles-Ferdinand du Tyrol envoya cent florins aux Capucins par l’entremise de son conseiller Jean-François de Wicka. L’abbé de Bellelay Jean- Pierre Cuenat donna trente livres pour une fenêtre de l’église ; le grand chapitre de Bâle trente-deux livres dix sols pour le même objet. Le conseil de Saignelégier pour la Montagne une somme égale. Le magistrat de Saint-Ursanne pour la porte de l’église et les confessionaux, vint-cinq livres. La veuve de Jean Jacques Babé licencié fit un don de cent livres. M. Théodore de Schœnau Affaire à ses frais un calvaire destiné à être suspendu à la voûte du chœur et qui coûta cent livres. L’avocat Jean-Thomas Ragaschin fit faire et dorer le tabernacle. Le suffragant Schnorff prit â sa charge la confection de la chaire. Le prince, outre les tuiles, les pierres, la chaux, les bois, etc. fit faire à ses frais cinq fenêtres de l’église. Les trois autels, travaillés par un ouvrier de Rheinfeld, furent payés le premier, l’autel principal, par l’évêque de Bâle, les deux autres parle préfet de la cour, Jean Jacques d’Ostein, et par le conseiller François de Wessemberg. 1

Le 19 septembre 1663, deux religieux, le P. Germain et le P. Probus, commencèrent à habiter le nouveau couvent ; les autres Pères continuèrent encore quelque temps à occuper la maison de l'évêque. Le 7 octobre de la même année, dimanche du Saint-Rosaire, l’église fut consacrée solennellement par le princeévêque de Bâle, Jean-Conrad de Roggenbach, autorisé par l’archevêque de Besançon à hure dans son diocèse cette fonction sacrée. La cérémonie commença à 7 heures. L’évêque officia pontificalement. assisté du grand scolastique du chapitre de Bâle, Léopold Kempf, et du chanoine François- Yerner Segesser de Brunig. La foule était immense: quinze Capucins assistaient à la cérémonie. L’église et le maîtreautel furent dédiés à S. Bonaventure, à S. François d’ Assise et â S. Louis de Toulouse, évêque. L’autel de droite, du côté cîe l’évangile, fut consacré en l'honneur de Jésus, Marie, Joseph et de SP Marie Madeleine; l’autel de gauche fut dédié â S. Antoine de Padoue, S. François, S. Joseph, S. Ignace et S. Jean. Pendant l'office pontifical l’abbé de Li icelle. Bernardin Buchinger, dit la messe à

Archives des Capucins de Lucerne.

L’EGLISE DES ANNONGIADES

l’autel de la sainte Famille et le recteur du collège, le P. Jacques Michel, à celui de Saint-Antoine. Après la cérémonie le prince traita à dîner au réfectoire du couvent les notables de l’assistance, au nombre de quarante. — La nouvelle église avait cent quarante-cinq pieds de long (mesure des fondements), trente-deux de haut et quarante-huit de large, les deux chœurs mesuraient trente-six pieds.

Dans la boîte des reliques du maître-autel de l’église des Capucins, on plaça un parchemin renfermant les lignes suivantes: „MDCLXIII, VII octob. Ego Joannes Conrad. Eps. Basil. Gonsecravi ecclesiam et altare hoc in honorem Dei, B. M. V., S. Bonaventuræ, S. Francisci, S. Ludovici et inclusi in eo reliquias SS. MM. Damiani et Adriani. “

Suivant la règle des Capucins, le couvent n’avait aucune propriété ni aucune dotation. Les bâtiments eux-mêmes, construits pour l’usage des religieux, leur église, le jardin attenant, ne leur appartenaient pas: c’était le prince-évêque de Bâle, fondateur et. bienfaiteur unique du couvent, qui en était propriétaire (Dominus). La charité publique pourvoyait à l’entretien des bons Pères. Tantôt des familles nobles et riches, ou des bourgeois bienfaisants, se chargeaient de fournir la nourriture du couvent à tel ou tel jour. Ainsi le prince Jean-Conrad de lloggenbach, qui, avec l’évêque de Constance et l’abbé de Saint- Gall, passait pour un des plus insignes protecteurs de l’ordre, nourrissait chaque jeudi toute la communauté; le samedi, il envoyait au couvent de la farine et vingt-quatre œufs, pour le maigre du jour. Le mardi, un noble de la cour, M. François de Wessemberg, se chargeait du dîner; le dimanche, tous les repas étaiént fournis par le chancelier du prince, André Schultz ; le lundi c’était le noble de Ligritz. La ville pourvoyait par ces aumônes à la moitié des vivres de la maison. Le vin nécessaire au couvent était recueilli par les Pères par charité dans le district de Landser, à Porrentruy, Haxlanden, Didenheim, Silesen, Hochstatt, Illfurt, Frœningen, Wahlheim, Heittwyler, Altkirch, Widerstorff, Aspach. L’huile pour la lampe de l’église était fournie par le district de Dornach, àPieterthal, laBurg, Metzerle, Hochstetten, Layme, Rædersdorf, Hagenthal. Porrentruy donnait encore la cire nécessaire aux saints offices. 1

Le monastère des Annonciades de Porrentruy fut achevé et béni par l’évêque de Bâle le 28 octobre 1666. Le prince de lloggenbach consacra d’abord l’autel du chapitre en l’honneur de la Ste Vierge et de S. Joseph. C’est sur cet autel que se trouvait la statue vénérée de Notre-Dame rapportée d’Haguenau pendant les guerres: les sœurs récitaient d’ordinaire le saint office devant cette sainte image. „De là sortant en procession et Son Altesse ayant en main un aspersoir d'hysope, en parcourant tous les dortoirs et tous les endroits hauts et bas du monastère, Son Altesse aspersant partout d’eau bénite mettant sur chaque porte une croix et faisant en chaque lieu ce que la cérémonie demandait. On bénit aussi l’autel de S. Onuphre. Son Altesse, ayant ainsi parcouru le monastère, le trouva fort à son gré et témoigna hautement l’approbation qu’il y donnait, avouant qu'il n’aurait jamais cru le voir si bien et si régulièrement bâti. Aussitôt après cette bénédiction, les religieuses quittèrent leur ancien quartier et vinrent habiter leur monastère." L’année suivante, l’archevêque de Besançon, Mgr Antoine-Pierre de Grammont, visita le couvent „et témoigna le trouver bien beau et conforme à l'institut" (16 septembre 1667).

1 Archives du château de Porrentruy (Capucins).

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