‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 247 sur 612 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

En 1669, on entreprit la construction de l’église du couvent. Le magistrat de la ville se montra tout d’abord opposé à cette nouvelle bâtisse. On ne permit aux sœurs de prendre de l’eau pour détremper leur chaux ni dans les fontaines ni dans les rivières d’alentour. Grande fut la consternation des religieuses; mais „la Providence suscita instamment un grand nombre d’écoliers de petits et de grands qui se passionnèrent tellement en cette rencontre à leur rendre service et de les pourvoir de l’eau qui leur était nécessaire que, s’encourant chacun chez eux, prirent des sceaux et puisèrent dans les fontaines malgré les réclamations des bourgeois qui les voyaient, l'eau qu’ils portaient avec un empressement et une joie indicible au monastère et jusqu’à ce qu’il y en eut suffisamment". La première pierre de la nouvelle église fut bénite le 20 mars 1670 par M. Jobelat, curé de la ville, assisté de Messire Étienne Crata et des ouvriers. Les 26, 27 el 28 août de la même année, on posa le clocher et la charpente. La consécration de l'église eut lieu le dimanche 20 septembre 1670: le prince de Roggenbach, avec la permission de l’archevêque de Besançon, fit la cérémonie assisté de tout le clergé de la ville, et célébra la première messe sur l’autel nouvellement consacré.

Quelques jours après celle cérémonie, „on remura la porte el autres ouvertures qui tenaient les sœurs hors de la parfaite clôture" dans laquelle elles sont restées jusqu’à la suppression de la maison en 1793,

Les constructions du monastère coûtèrent tant pour la place que pour la maind’œuvre. etc. 8529 livres 2 sols et 8 deniers, non compris la nourriture qu’on donnait aux ouvriers. La bâtisse avait duré seize ans ! 1

La conquête de la Franche-Comté par Louis XIV, qui amena à la même époque jusqu’aux frontières de l’évêché l’armée du grand roi, y causa de sérieuses appréhensions. Déjà en mai 1667, les Ursulines de Saint-Hippolyte demandèrent refuge au conseil de la ville qui leur accorda un asile pendant la guerre. La garnison du château fut renforcée de six hommes de chaque canton catholique, sans compter quelques soldats de Moutier. Mais la soumission de la province conquise fut si rapide que la paix ne fut pas troublée dans l’évêché. Le prince Jean-Conrad se contenta d'envoyer son grand maître, le 16 février 1 668, complimenter Louis XIV sur ses victoires; puis n’ayant plus d’inquiétudes sur ses États, il congédia le renfort suisse, après six mois de garnison à Porrentruy (23 août). La même année, grâce à l’état prospère des finances et à la bonne administration du prince de Roggenbach. les députés de l'évêché purent supprimer l'impôt de l’accise qui depuis 1659 pesait sur différentes denrées. On se contenta d'une taxe de deux rappes sur chaque pot de vin (12 novembre 1668). 2

Aux craintes de la guerre succédèrent des inquiétudes d’un autre genre. „En 1669, dit le prévôt Vergier, régna une telle maladie de bétail, même sur les bêtes sauvages en plusieurs contrées et endroits, que c’était merveille. L’on institua à Porrentruy quantité de processions et donna-t-on par les mains des prêtres et curés, des bénédictions sur toutes les bêtes et troupeaux. Son Altesse même, accompagné des RR. PP. Jésuites et Capucins el partie du sa cour, entreprit d'aller à pied à Notre-Dame de la Pierre et Beunattes, prier le bon Dieu, par l'intercession de sa Ste Mère et de S. Wendelin, de garantir de maladie le bétail de ses pauvres sujets." 3

1 Annales des Annonciades. = 2 Archives de l’ancien évêché de Bâle. = 3 Journal Vergier.

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