CHAPITRE XXXIV
défendait l’Alsace avec 24,000 hommes contre une armée de 70,000 Impériaux. Placé comme une enclave entre les provinces devenues le théâtre de la guerre, l’évêché de Bàlc était sérieusement menacé et comme principauté de l’empire que la France combattait dans le Palatinat et en Alsace, et connue passage nécessaire et naturel entre une partie de l’Alsace et la Franche-Comté.
Le 20 janvier, le jésuite chargé de tenir jour par jour le diarium du collège relate que deux mille soldats de Bourgogne sont arrivés la veille à Fontenais; mais le lendemain au matin ils ont repris le chemin de leur pays, sans causer aucun dommage. Trois jours après, c’htait un mardi, à 4 heures du matin, huit cents cavaliers bourguignons arrivent à Fontenais ; ils attendent cachés sur la montagne voisine de la ville les Français qui doivent passer en Ajoie ; mais personne ne parait et à une heure de l’après-midi ils se dirigent sur Belle où ils espèrent rencontrer le détachement français qui leur est signalé. A peine partis, les Français arrivent en Ajoie : ils sont trois mille chargés de fermer passage aux soldats impériaux qui voudraient passer en Bourgogne pour prêter main-forte aux Francs-Comtois contre l’armée de Louis XIV. Us se logent à Aile, Cornol et Courgenay; ils sont commandés par le général marquis de Vaubrun.
Cette occupation inattendue du pays par les soldats des nations belligérantes jeta l’alarme dans la principauté ; Jean-Conrad de Roggenbach invoque aussitôt le secours de ses fidèles alliés les cantons catholiques. Sans retard on députe des ambassadeurs chargés défaire respecter les droits du prince allié et revendiquer sa neutralité. En même temps, cent hommes de Bienne avec deux drapeaux arrivent au secours de l’Ajoie et sont reçus à Porrentruy comme des libérateurs (30 janvier 1674). Le marquis de Vaubrun consent à recevoir les députés suisses à Aile le 1er février. Sur leurs instantes prières, il promet de délivrer au plus tôt les États de l’évêque de Bâle de l’occupation militaire. En effet, le 3 février, les soldats français prennent le chemin de Bourgogne, à la grande joie des villages où ils avaient leurs quartiers et qui avaient souffert leurs spoliations. Porrentruy avait tenu ses portes closes et, devant l’attitude de sa garnison, le détachement français s’était contenté de se loger dans les villages voisins. La guerre faisait en Alsace de terribles ravages; les fuyards accouraient tous les jours sur les terres de l’évêque de Bâle, demandant asile et protection. La ville ne put rester insensible à tant de misères; ses portes s’ouvrirent et bientôt toutes ses maisons se remplirent des malheureux que la guerre avait chassés de leur pays. Us apportaient avec eux leurs objets les plus précieux, le bétail de leurs écuries, les provisions de bouche, les légumes, la farine ou le blé enlevés à la rapacité des soldats. Le collège devint un entrepôt de toutes ces denrées qui encombrèrent bientôt les quatre corridors, les greniers, les caves de la maison. Parmi ces hôtes que la ville du t recevoir, les listes dressées à cette époque relatent : les nobles de Ferrette, de Heideinbourg, de Staal, M. de Garspach, huit dames de Montreux, le baron de Foussemagne, M. de Hagenbach, le vicaire de Dannemarie, les curés d’Udesheim, de Chèvremont, de Courtelevant, de Lisle qui était très malade, de Hirtzbach, le chapelain d’Hirsingen, Jean-Renaud Eschemann, curé de Montreux, Jean Guenat maire de Réchésy, le maire de La Chapelle, le chirurgien de Delle, et un capitaine qui avait la cuisse cassée, Richard meunier de Delle, les filles du maître-bourgeois de Belfort et les nièces du prévôt du chapitre, une religieuse de Massevaux, etc., etc. Cette agglomération inusitée d’habitants dans les locaux étroits et mal