LES FRANÇAIS DANS L'EVECHE
disposés causa bientôt des fièvres malignes qui augmentèrent d’autant les appréhensions et les tristesses de l'année.
Chaque jour apportait quelques fâcheuses nouvelles. Le 1 7 novembre, accourait de Saint-Morand un Jésuite annonçant que la veille Œlcnberg avait été pillé par les soldats: il amenait avec lui cinq chevaux, sept bœufs, six porcs et quatorze vaches.
Le 12 décembre, on reçoit avec empressement le P. Mair, confesseur du chef de l’armée impériale, le célèbre Montecuculli. Mais les nouvelles qu’il apporte sont inquiétantes ; il est porteur d’une lettre du général demandant de fortes contributions pour l’entretien des troupes impériales campées en Alsace. Le prince se hâte de convoquer les États de l’évêché. Devant des ordres venus de si haut, il ne s’agit que de répartir sur tout le pays ces nouvelles contributions (15 décembre 1674). Chaque mois on devra livrer au général mille ducats d’empire, mille sacs d’avoine, cinq cents sacs de blé. Logés aux frontières de l’Ajoie, les confédérés de l’empire faisaient de fréquentes excursions sur les terres de l’évêque de Bâle et désolaient les villages voisins par le vol et le pillage auxquels ils se livraient. Dans cette perplexité, la ville, suivant ses pieuses traditions, a recours à la protection du Ciel. Le dimanche le Saint-Sacrement est exposé à l’église des Jésuites, où se font des prières solennelles; tous les jours après les classes, une foule immense récite à haute voix le rosaire, et invoque le secours de la Ste Vierge.
Les victoires des Français en Alsace sous le commandement de Turenne obligèrent bientôt les Allemands â repasser le Rhin. L’évêché de Bâle, principauté d’empire, ne fut que plus exposé : il était un passage naturellement ouvert aux Français maîtres de la Franche-Comté. Tandis que le supérieur de Saint-Morand cherche refuge à Porrentruy, laissant sa résidence aux mains des soldats qui y portent la dévastation et l’incendie (3 janvier 1675), des détachements de l’armée française se répandent en Ajoie et se livrent à toutes les insolences de la soldatesque sur un territoire ennemi. Miserez devient la proie des soldats (14 février). Tous les villages sont occupés militairement et doivent fournir aux Français leurs quartiers d’hiver. A côté des troupes stationnaires, il y a des passages continuels qui augmentent la détresse des pauvres habitants. Tantôt ce sont 500 cavaliers qui passent en Bourgogne (13 février) ; tantôt c’est un détachement de 372 hommes qui se dirigent par Bure sur la Comté (15 février) ; un autre jour c’est vers Rouffach que marchent les soldats campés à Bressaucourt et à Chevenez (2 1 février) ; peu après quelques centaines de cavaliers français campés à Aile, où réside le général de Montglard, à Miécourt et Charmoille, prennent le chemin de la Bourgogne (24 février). Grandgourt est pillé par les Français (28 février) ; le prieur se réfugie à Porrentruy. Le prince, menacé chaque jour dans sa résidence, se décide â aller chercher un asile à Bellelay (18 février); de là il se rend à Bienne où il implore avec force le secours des cantons alliés. Lucerne et Uri lui envoient 200 hommes qui sont reçus à Porrentruy avec enthousiasme (24 février).
La désolation était générale: la maladie faisait de nombreuses victimes; dans l’espace de six mois, plus de deux cents personnes succombèrent au fléau. 1
Dans le deuil général qui s’étendait sur toute la contrée, le magistrat de Porrentruy resta fidèle aux vieilles traditions de la cité ; comme à d’autres époques agilées,
1 Annales du collège de Porrentruy. — Diarium collegii Brunt., à la bibliothèque du collège de Porrentruy.