‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 263 sur 612 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

qui mourut le 22 juillet 1676 dans sa quatre-vingt-sixième année. Il fut témoin des fêtes qui signalèrent l’avénement d’innocent XI qui devait avoir un si grand règne. Le jeune de Reinach se livra avec ardeur à l’étude de la philosophie et de la théologie cpii avait à Rome des maîtres émérites. Il trouvait au collège germanique, avec les leçons les plus élevées, les exemples qui font les saints et forment les prêtres. Après cinq ans passés dans l’étude et la prière, le jeune lévite quitta Rome (21 septembre 1678) et regagna sa famille qui lui ménageait une place honorable dans le chapitre de Baie. Par la résignation de M. François de Rœmerstahl, de Delémont, il fut installé le 9 octobre 1681 comme chanoine de la cathédrale: il n’avait que vingt-quatre ans. Plus tard, il fut successivement grand scolastique (1690) et grand doyen du chapitre de Bâle (1704). C’est dans cette dignité que les suffrages des chanoines- électeurs le choisirent pour remplacer le prince de Rinck sur le siège épiscopal de Bâle. Préconisé par le pape Clément XI dans le consistoire du 1er octobre 1705, Jean Conrad fut sacré solennellement dans la nouvelle cathédrale d’Arlesheim le 1er novembre de la même année, par le nonce apostolique de Lucerne, Mgr Vincent des comtes Pigi, assisté du suffragant Jean Christophe Hans et de l’ahhé de Lucelle, Antoine de Reinold.

Aucun prince n’a été plus maltraité par les historiens que Jean-Conrad: on l'a représenté sous les couleurs les plus noires ; on lui a supposé les intentions les plus odieuses, les calculs les plus opposés à ses devoirs de pasteur et de père de son peuple. On l’a appelé tyran, barbare, Néron mitré, oppresseur des pauvres et des petits; on a souillé sa mémoire de mille outrages et son nom, ce nom si noblement porté jusque-là par des générations d'hommes de guerre renommés par leur courage, ou de dignitaires de l'Eglise distingués par leurs œuvres et par leurs vertus, le nom de Jean Conrad de Reinach nous est arrivé couvert d’opprobre et traîné dans la boue par les voix de la Révolution et du radicalisme. Notre devoir était de reprendre une à une les pièces de ce procès et d’étudier sans passion ni parti pris ce règne de trente-deux ans, un des plus agités de notre histoire. Nous avons étudié le prince Jean Conrad comme homme, comme prêtre, comme évêque, comme souverain : nous avons pesé ses actes publics dans la balance de la justice, de la conscience, de l'Eglise ; nous avons pénétré dans le secret de sa vie privée, nous avons compris ses épreuves, ses angoisses, les inquiétudes de sa charge redoutable; et, en vérité, nous osons dire de nouveau, comme le disait de l’histoire de son temps le grand penseur Joseph de Maistre: l’histoire de Jean Conrad de Reinach a été une conspiration contre la vérité.

Un jésuite d’un grand nom, qui était considéré dans son ordre par sa piété, par sa charité, et par son application aux recherches historiques, le P. Pierre Joseph Dunocl, qui a mérité de trouver place dans la Biographie universelle, nous a laissé un tableau du prince de Reinach, qui doit être d’autant plus fidèle, qu'admis à voir de près l'évêque de Bàle dont il fut l'hôte en 1716, il put étudier à loisir le prélat et sa cour. Ce témoignage nous est précieux; voici la lettre que le pieux jésuite adressa à l’abbé de Bellelay le 20 septembre 1716: „Ce prince (Jean Conrad) est né avec un fond admirable de talents et de lumières. Il a l’esprit vif, le jugement solide, d’un grand sens naturel, l’âme grande, les inclinations nobles, les sentiments élevés, d’une pénétration telle que rien n’échappe à ses lumières; d’une merveilleuse vivacité, jointe à une grande application dans les affaires; d’une supériorité de génie qui le met toujours au-dessus de tout événe-

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