PORTRAIT DU PRINCE JEAN CONRAD
ment. Il a la politesse des grands, les manières engageantes, d’une humeur toujours égale, d’une rare bonté, d’un accès si aisé qu’il n’en coûte rien à personne de l’approcher et de l’entretenir, sans rien perdre cependant de cet air élevé qui accompagne et qui distingue partout les grands hommes. Sa douceur et son affabilité lui gagnent tous les cœurs bien nés; sa modération le fait respecter partout. Toujours civil, toujours obligeant, prévenant tout le monde, ne pensant
qu a fai 1 e du bien, nullement gênant à personne, agréable dans la conversation, familier avec ses amis, commode dans le domestique, ferme dans ses entreprises et dans ses desseins, libéral et magnifique où il faut l’être, quoique ennemi du faste et de l’adulation.
„ Tout est grand dans ce prince, la naissance, la personne, le port, la stature, l'air, les manières, le cœur, l’esprit, les sens, le génie, l’intelligence, la capacité,' les inclinations, les desseins, les entreprises. Ce qui paraît de plus admirable en ce prince, c’est qu’on n'y voit nul défaut; plus on l’étudie, plus on l’estime, plus
on le fréquente, plus on l’aime. Il excelle en bonté, en douceur, en sagesse et en prudence ; ces quatre vertus réunies font proprement son caractère, grand caractère, comme vous voyez. 1
„ ... Sa cour est composée comme celle des princes de l’Empire. Il a ses grands officiers qui paraissent aux solennités et dans les grandes cérémonies : un maréchal, un échanson, deux chambellans, un écuyer tranchant, un grand maître de cuisine. Ces charges sont héréditaires, attachées aux familles. Le gouverneur en chef de tout le pays s’appele le grand-maître; il préside au conseil de Son Altesse; c’est un des deux conseillers secrets du prince; l’autre est le chancelier. Le maître d’hôtel est gouverneur particulier du château ; la noblesse est attachée à sa charge; il doit être gentilhomme, aussi bien que le grand veneur.
„I1 y a de plus six gentilshommes, deux pages, deux trompettes et un timbalier et une foule de domestiques de livrée et d’autres; une garde -suisse, la compagnie est de quarante-deux hommes, quatre de chaque canton catholique allié et quatorze du pays. Son Altesse a quatre princes qui lui font hommage poulies fiefs qu’ils tiennent et qui relèvent de lui; le prince palatin de Birkenfeld pour la seigneurie de Ribeaupierre ; le prince de Montbéliard pour la seigneurie de Franquemont; le prince de Baden-Durlac et le prince de Baden-Baden pour des terres qui sont dans leurs principautés, sans compter quarante gentilshommes, comtes et barons qui sont ses vassaux, qui tiennent des fiefs de lui. Les villes de Mulhouse et d’Aarau retiennent encore des fiefs de ce prince. Il est chancelier héréditaire de l’université de Bâle aussi bien que de celle de Fribourg en Brisgau. “
Voilà son portrait nullement flatté, d’après nature de prince. Voici celui d’évêque: il soutient merveilleusement bien ces deux caractères. ;;I1 est d’une piété exemplaire, qui vient d’un grand fonds de religion ; ce qui le rend assidu à la prière et qui lui fait dire la messe tous les jours sans jamais y manquer. Pénétré de la grandeur de Dieu et des vérités éternelles, il prend toujours plaisir d’en entendre parler. Il a un attachement inviolable pour le Saint-Siège et une attention singulière à faire observer le Concile de Trente. Ennemi des nouveautés du temps, il se tient toujours en garde contre ceux qui en ont la moindre teinture. Son diocèse s’étend sur les terres de la maison d’Autriche, de France, de Suisse et de sa principauté entourée de toutes parts d'hérétiques. Un tel diocèse a besoin qu’on veille sans cesse, comme il fait, à la conservation de la foi. Il a un évêque suffragant qui réside à Arlesheim où s’est retiré le Haut Chapitre qui n’est, composé que de noblesse.
. . . „Ce grand évêque est d’une sagesse singulière, ni jeu, ni, vin, ni femmes, ni bagatelles, ni amusements. Son palais est réglé comme une maison religieuse. Il aime fort son clergé, sans mépriser les ordres religieux; bien loin de là, ils sont tous bienvenus chez lui, les admettant même à sa table. Il fait de grandes aumônes aux religieux mendiants; il en est le grand protecteur. Il distingue fort
1 P. Dunod, Lettres à M. l’Abbé de B. sur les découvertes qu’on a faites sur le Rhin, 1716 in-12: MM. Verneur et Delfils en ont donné une nouvelle édition à Porrentruy 1796 in-12, avec des notes et des additions. Dans ce petit ouvrage, le P. Dunod place Amagétobrie à Porrentruy et Augusta Rauracorum à Mandeure. Les savants sont convenus que jamais on n’a soutenu une mauvaise cause avec plus d’esprit; aussi les ouvrages du P. Dunod sont-ils encore recherchés. Le P. Dunod. né a Moirans près de St. Claude en 1657, mourut à Besançon en 1725. Son frère, avocat, fut tué par les Turcs au siège de Vienne en 1682. L’historien du comté de Bourgogne, de l’église, ville et diocèse de Besançon, était neveu du P. Dunod. Voir Biographie universelle, t. XII. p. 245.