‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 266 sur 612 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

et payerait l’amende à laquelle il avait été condamné. Visard obtempéra et l’on remarqua que l’amende fut payée en écus de Berne. 1

Le traité de Nidau, en donnant gain de cause aux Pré votais, rendit plus difficile la position des catholiques dans le val de Moutier : ils étaient traités connue des parias, et on leur refusait absolument l’exercice de leur culte dans la partie protestante de la Prévôté. Pour mettre fin à des dissensions continuelles qui troublaient la paix de cette contrée autrefois si paisible, les Bernois proposèrent au prince Jean Conrad une nouvelle conférence qui se tint à Aarberg, et où l’on discuta sérieusement les moyens de remédier à ce triste état de choses. On convint que désormais aucun réformé ne pourrait s’établir dans la partie de la Prévôté dite Sous-les- Boches, qui serait réservée aux catholiques, et vice versa que la partie dite Sur-les- Roches serait occupée exclusivement par les réformés, à l’exclusion des catholiques. On n’excepta de cette convention que le forestier de Moutier qui habitait la maison du chapitre, les verreries, coupeurs de bois et autres ouvriers à la journée. Les chanoines qui jusqu’alors avaient gardé le droit de célébrer la messe dans leur chapelle domestique à Moutier, se virent enlever cette faculté qu’ils ne purent recouvrer qu’en 1745. Le pape Clément XI condamna et annula le traité d’ Aarberg qui mettait des entraves au libre exercice du catholicisme dans l’évêché de Baie. Les Bernois n’eurent aucun souci des réclamations du Saint- Siège et firent exécuter strictement les conventions conclues en faveur de leurs combourgeois de Moutier. 2 L’évêque de Bâle, lésé par les conventions de Nidau et d’ Aarberg dans le libre exercice de ses droits de souveraineté sur Moutier, dut céder à la force et aux menaces de ses redoutables voisins et accepter un état de choses qu’il ne pouvait empêcher. Comme prince, il avait énergiquement revendiqué les droits de sa couronne; comme évêque, il eût volu rétablir dans la Prévôté le catholicisme qui en était exclu: Berne fit acte de maître et tint heu et place du prince et de l’évêque de Bâle. On comprendra, après cette immixtion souveraine de Berne dans les affaires de l’évêché, que l’esprit de révolte et d’insubordination qui désola une partie du règne de Jean Conrad se soit donné libre carrière, assuré de l’appui très puissant et très respecté de Messieurs de Berne.

Jean Conrad condamné d’avance par le traité d’ Aarberg à une amende de 20,000 écus blancs, s’il manquait à un seul des articles de la convention, laissa Moutier dans le statu quo et porta toute son attention sur des réformes et sur des institutions qui réclamait le bien de ses ouailles et de ses sujets.

Jean Conrad, s’inspirant des conseils de ses vénérables prédécesseurs, dota son diocèse d’un excellent séminaire auquel il sut donner les meilleurs maîtres, les règlements les plus sages et l’esprit le plus orthodoxe. Dans une lettre pastorale, qui accuse au plus haut degré le zèle et la piété de l’évêque, il exposa au

1 M. Morel, Abrégé rte rhistoire du ci-devant évêché de Bâle, p. 119. — Dans le journal tenu par Élise Cortat, de Ghatella, nous trouvons à l’année 170(1. quelques détails sur ces débats entre Moutier, Berne et l’évêque de Bâle. „Le 16 janvier 1706, 16 messieurs de Berne se rendent à Porrentruy, les uns en carosse, les autres à cheval. Le 14 février MM. de Berne invitent par lettre les communes de la prévôté à envoyer chacun 6 hommes à Berne pour le 19 février. De retour le 27 dito, ils rapportèrent la, nouvelle que MM. de Berne ont maintenu la prévôté dans ses droits et franchises, comme d’ancienneté. Le 24 mars 1706, toute la prévôté prête serment à MM. de Berne et on confirma dans ses fonctions de bandelier, le nommé Henri Visard, maire à Grand val. Celui-ci avait été destitué par le nouveau prince le 9 novembre 1705 et remplacé ; mais Messieurs de Berne le réintégrèrent dans ses fonctions. Le 4 mars 1706, 20 messieurs de Berne tant nobles que capitaines avec 50 chevaux, arrivent à Grand val et renouvellent tous les droits de la prévôté. “ — 2 Morel, op. cit. p. 120. - Histoire du chapitre de Moutier par

le prévôt Ghariatte, p. 90. — Appendice à la Basilea sacra par Je chanoine Bajol, ann. 1711.

LE SEMINAIRE DIOCESAIN A PORRENTRUY

clergé de son diocèse ses intentions, son but et les moyens mis en œuvre pour y arriver (octobre 1716). Après avoir fait ressortir avec force l’utilité, la nécessité même des séminaires, Jean Conrad explique les motifs qui l’ont déterminé à mettre le sien entre les mains des Pères de la Compagnie de Jésus. Ce sont des maîtres incomparables pour l’éducation de la jeunesse; d’une vie irréprochable, soumis avec respect à l’autorité épiscopale, jouissant de la confiance et de l’estime de tous. Leur science est solide, vaste et profonde; comme société, ils sont immortels; chez eux, les hommes meurent, mais les jésuites restent et se perpétuent. Enfin leur doctrine est sûre et à l’abri de toute erreur. Le nouveau séminaire, confié aux religieux de la compagnie de Jésus, aura pour patronne la Vierge Marie conçue sans péché; pour patrons S. François de Sales, 1 le modèle du prêtre et de l’évêque, qui a honoré de sa présence autrefois le château et le collège de Porrentruy, et le

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