LA PESTE DE L’AN
Saint; an repas, un autre clerc complimenta les prélats, tandis que les poètes du séminaire les célébraient dans leurs vers. L’année suivante, le prince de Reinach fit don à la chapelle des reliques de S. François de Sales qui furent le trésor le plus précieux du séminaire ; S. Jean Népomucène était le patron secondaire de la maison. On célébrait sa fête le 4 juin. 1
L’érection du séminaire diocésain, si elle fut l’œuvre capitale de l’évêque de Reinach, ne fut pas la seule à laquelle il donna sa sollicitude. Ce prince qu’on a représenté comme un homme dur, cruel, sans cœur et sans entrailles, était plein de charité, de mansuétude et de paternelle prévoyance pour les pauvres, pour les malheureux frappés de quelque fléau.
Les premières années de son règne furent marquées par des calamités publiques auxquelles il opposa les mesures les plus propres à les conjurer.
Un hiver d’une rigueur extrême éprouva cruellement toute la principauté en 1708 — 1709. Élise Cortat de Chàtillon relate dans son journal que le 4 et 5 décembre 1708 il neigea deux jours et deux nuits si abondamment que la neige atteignit trois pieds de roi. „Du 5 au 15, le froid est si intense qu’il gèle dans les écuries, les caves ; les arbres mêmes souffrent du froid ; alors un grand vent accompagné de pluie souffle; la fonte des neiges et des inondations ont lieu; immédiatement les grands froids reviennent ; l’eau gèle, les moulins ne peuvent plus moudre. Ce temps dure jusqu’au mois de février de 1709. 2 Du 1er au 25 février, beau temps, ensuite la neige, la gelée et le froid recommencent et durent jusqu’au 6 mars. Le 17 mai, il neige et gèle comme l’hiver; les arbres des montagnes sont gelés comme si le feu y avait passé. Prix du blé, 1 livre 15 sols, le boige 16 sols. " 3
A Porrentruy, on dut fermer les classes à cause du grand froid. „ L’hiver a été si rude, disent les annales des Ursulines, que des personnes fort avancées en âge ne se souvenaient pas de jamais en avoir vu de pareil. La misère bien grande et le bois bien cher. A. cause du froid, on a fermé huit jours les classes. Grande pauvreté partout, on visite tous les greniers, pour, dans le cas de nécessité, avoir quelque ressource." 4 5 6 7 L’annaliste du chapitre de Saint-Michel ajoute „que les pauvres venaient de France dans le pays".
Malgré les rigueurs de cet hiver exceptionnel, les récoltes furent excellentes et la terre ne parut pas se ressentir du froid qui avait désolé l’Europe pendant tant de mois. Mais Porrentruy eut à subir d’autres épreuves. Quelques jours
1 Les jésuites firent du séminaire de Porrentruy un établissement modèle. Dix religieux de cette illustre société furent successivement supérieurs du séminaire de Porrentruy, de 1716 à 1773; voici les noms de ces vénérables pères auxquels le diocèse de Bàle a dû un clergé formé à la science et à la vertu sous des mains incomparables ;