CHAPITRE XXXV
Le sacre de l’évêque de Lausanne, Claude-Antoine Duding, eut lieu le 19 juin de la même année, avec la même pompe dans l’église des jésuites. Le prince de Reinach fut de nouveau le prélat consécrateur, assisté des évêques suffragants de Bâle et de Constance.
Après ces grandes démonstrations religieuses vinrent les exercices solennels des missions qui se succédèrent avec un succès très grand dans la plupart des paroisses de l’évêché. Le jansénisme occupait alors tous les esprits. On en parlait partout, en chaire, au logis ; on savait que la Franche-Comté en était infestée et on craignait que l’Ajoie et le reste du diocèse de Bâle n’eussent à en souffrir. C’est pour opposer une barrière infranchissable à cette pernicieuse erreur que l’évêque de Bâle résolut de faire donner des missions dans sa principauté.
Il y avait alors à Fribourg un jésuite d’une grande réputation. Le Rév. P. Charles Maillardoz n’était pas seulement un grand prédicateur, qui faisait accourir à sa parole éloquente des multitudes empressées; c’était encore un saint qui joignait l’exemple au discours et à qui on attribuait le don des miracles. Il savait transformer les paroisses, toucher les plus endurcis, ramener le règne de Dieu partout où il se faisait entendre. Né à Paie (canton de Fribourg) le 7 juillet 1675, Charles de Maillardoz était entré dans la Compagnie de Jésus le 15 août 1693. Novice à Landsberg en 1695, il avait successivement enseigné la grammaire cà Porrentruy, à Fribourg et à Soleure. En 1709, le P. Maillardoz était professeur de logique au collège de Porrentruy ; l’année suivante, il se livra uniquement à la prédication: chaque dimanche il faisait entendre sa parole éloquente à l’église Saint-Pierre où la foule accourait attentive et recueillie. En 1714, il retourna à Fribourg comme prédicateur et missionnaire. Son souvenir était demeuré à Porrentruy. C’est pourquoi le prince de Reinach demanda pour les missions qu’il projetait cet ouvrier infatigable de la parole évangélique. Le P. Maillardoz arriva dans l’évêché le 24 décembre 1717; il était accompagné des Pères Jacques Schneller, Joseph Dation, et Ignace Regler; les deux premiers prêchaient en français, le dernier en allemand. La première station eut lieu à Laufon: toutes les paroisses de cette vallée y furent convoquées. Les exercices commencèrent le 16 janvier 1718 et durèrent huit jours. Le succès répondit aux efforts des missionnaires. Le curé de Laufon, Messire Joseph Herzog, et le préfet du lieu, Conrad de Roggenhach, firent aux jésuites l’accueil le plus empressé.
De Laufon, les prédicateurs se rendirent à Therwyl, malgré la rigueur de la saison. Arlesheim el les villages voisins, le Grand Chapitre, son prévôt en tête, un grand nombre de Bàlois, malgré la défense qui leur interdisait l’assistance à la mission de Therwyl, une foule immense venue d’Alsace et de Suisse, accoururent pendant douze jours, à ces pieux exercices.
Après Therwyl, la mission fut donnée à Glovelier, où elle dura huit jours, puis à Saint-Ursanne. La neige couvrait les routes et il fallut dix hommes pour frayer le passage aux courageux jésuites. Les exercices de la mission durèrent du 16 au 26 février. Toute la ville, le chapitre en tête, se porta en procession à la rencontre des missionnaires. Les cinq paroisses de la prévôté suivirent si bien les exercices de la mission que nulle part, au témoignage des Pères, ils ne recueillirent des fruits aussi abondants.
Delémont eut son tour pendant le carême. Le succès dépassa les espérances. „Le second jour du carême, le 3 mars, dit un témoin oculaire, Son Altesse de