LE SACRE DE MGR JOSEPH FERRAS
des princes de Sainte- Agathe de Naples, qui venait lui demander le sacre des évêques. Le prélat arriva à Porrentruy le 10 avril de cette même année. A son approche, les détonations de F artillerie de la ville et du château se firent entendre; toutes les cloches sonnaient à grande volée. Le collège, sous les armes, attendait le nonce près du pré du Rosaire; les bourgeois armés comme d’usage faisaient la haie de la porte Saint-Germain à celle de Gourtedoux. Le prince de Reinach avait envoyé au représentant du Saint-Siège un carrosse de la cour, attelé de six chevaux, avec trois autres voitures où se trouvaient les évêques suffragants de Bâle et de Constance, deux grands chanoines de la cathédrale, le vicaire-général et d’autres officiers de la cour. Une nombreuse cavalcade escortait le nonce. A son entrée au château, les canons se firent entendre de nouveau, et les élèves du collège firent devant une foule immense des exercices avec leurs armes qui leur valurent les applaudissements de toute l’assistance.
Le sacre du nonce, comme archevêque de Nicée, eut lieu le lendemain (1 1 avril) dans l’église des jésuites pompeusement décorée pour cette incomparable solennité. Deux cents bourgeois sous les armes faisaient la haie sur le passage du cortège; cents collégiens armés occupaient la place aux abords de l’église. Les jésuites, les chapelains des quatre prélats, quatre diacres et sousdiacres, quinze séminaristes ministrants, se tenaient en procession depuis les dernières maisons de la ville jusqu’aux portes de l’église. Le nonce et le prince consécrateur arrivèrent à sept heures dans un carrosse à six chevaux. A la descente de la voiture, ils se placèrent sous le dais porté par quatre seigneurs du château et ils firent leur entrée dans l’église au chant, de l’antienne Ecce sacerdos magnus. La cérémonie s’accomplit selon le rite du pontifical. Au Te Deum solennel, toute l’artillerie de la ville et du château fit entendre ses joyeuses détonations. Après le sacre, le nonce fit au séminaire sa première visite.
Le lendemain, le même cortège se rendit à quatre heures de l'après-midi au collège. Devant les portes, les élèves sous les armes firent de nouveau une parade militaire. Dans le jardin, une troupe de jeunes nobles portaient les couleurs et les armoiries des quatre prélats. Le premier harangua le nonce; deux théologiens en manteau noir en firent autant. Devant chaque classe, il y eut un orateur avec sa harangue. Du haut en bas, le gymnase était décoré de statues; chaque classe avait sa muse invitant à entrer dans la langue de dieux. Le théâtre avait été agrandi et orné de tapis magnifiques. Les élèves représentèrent un épisode du voyage du nonce en Espagne. Au milieu d’un naufrage qui menace son navire, l'envoyé du Saint-Siège calme la fureur des flots par le signe de la croix et en jetant dans la mer un Agnus Del bénit par Innocent XI.
Le nonce partit le 13 avril, ravi de la réception que la ville lui avait faite et escorté à son départ comme à son arrivée. 1
Cornélius Jansen,
1 Annales coll. Brunt. ad 1717.