‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 279 sur 612 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

procession solennelle à laquelle il y avait une telle foule de monde que jamais on n’en vit de pareille. On communia approchant huit mille personnes."1 Pour maintenir l’ordre le magistrat avait mis sur pied huit hommes en armes, deux devant chaque porte de la ville, quatre dans l’intérieur de l’église et deux aux portes.

De Delémont, les missionnaires se rendirent à Saignelégier. L’affluence du peuple fut si considérable qu’il fallut faire la plupart des exercices en plein air. Le temps, malgré la saison, ne cessa d’être favorable. Le préfet M. de Neveu assista à tous les sermons. On y accourait de la Bourgogne, de la Suisse, de toutes les parties de l’évêché.

La mission de Saignelégier fut close le 31 mars et s’ouvrit à Porrentruy le 3 avril. L’infatigable Père Maillardoz avait pour l’assister et prêcher avec lui les PP. Théodore Schumackers, directeur du séminaire, Ursanne Cfrandrichard et Joseph Reiff, le prédicateur français du collège ; en outre MM. Maguin, doyen et curé de Montbéliard, Colin, curé de Porrentruy, Defusy, curé d’Alle, Lamoureux, curé de Boncourt, Didier, vicaire de Cœuve. Toutes les paroisses d’Ajoie prirent part à cette mission qui eut un succès extraordinaire. Le prince de Reinach, son suffragant Haus, assistaient à tous les exercices. „ Pendant la mission, rapporte le secrétaire du conseil de ville, on établit des gardes dans l’église (de Saint-Pierre) afin de faire tenir les portes libres ; on fait enlever les bancs pour avoir plus de place. Cette mission a été heureusement achevée le lendemain de Pâques, 18 avril, par une nombreuse procession par la ville, tant des personnes de la ville que de ceux de villages venus en procession. Au retour, l’église ne pouvant contenir le grand concours du peuple, le P. Maillardoz, jésuite, prêcha sur le cimetière devant l’église où lui fut mise une chaire ... Le grand samedi (samedi-saint) fut faite la procession à la croix de la mission plantée au chemin de Vendelincourt sur la Condemène et y fut fait un sermon."

De Porrentruy, les trois jésuites se transportèrent dans le Frickthal qui faisait partie du diocèse de Bâle et formait le doyenné de Cis- et Frickgaudiœ, qui fait aujourd’hui partie du canton d’Argovie.

Le suffragant Jean-Christophe Haus, évêque de Domitianopolis in partïbus, accompagnait les missionnaires, pendant les exercices, et faisait au besoin toutes les fonctions pontificales que réclamaient les circonstances. Partout où passaient ces courageux apôtres, on sonnait les cloches, le peuple accourait et se mettait à genoux sur leur passage. A Frick, centre de la mission, une immense procession se porta à leur rencontre. La mission commencée le i23 avril dura quinze jours; on y accourait de quinze lieues des environs et de la Forêt-Noire. A la procession qui eut lieu pour l’érection de la croix de la mission, on compta plus de vingt mille personnes, non compris celles qui restèrent à l’église ou au logis. Le baron de Grammont, gouverneur du pays qui assista à tous les exercices, avait mis sur pied deux cents soldats pour maintenir l’ordre dans cette immense multitude. Durant la mission, on compta vingt paroisses qui vinrent à Frick en procession avec leurs bannières. Chaque jour l’évêque donna la confirmation; il consacra des églises et des autels, bénit des cloches, et fit entendre sa voix au peuple. Les confessions furent innombrables; il y eut de nombreuses restitutions el enfin on parvint à déraciner de ce pays les superstitions qui y étaient très répandues.

1 Journal d’Eméric Roger, publié par le „ Courrier du Jura“.

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