CHAPITRE XXVIII
moins exposée aux incursions des troupes bourguignonnes qui infestent le pays. Porrentruy continue à veiller à ses murailles. Le bruit courait que le duc de Bourgogne marchait sur Besançon et s’apprêtait à venger la défaite de ses armes à Héricourt et à Blamont. On se hâta d’envoyer demander du secours à Bienne et à Neuveville. En même temps, on travaillait à la confection de la poudre; les comptes de la ville en portent trois cent trente-sept livres fabriquées pendant l’hiver de 1476. On perçait de nouvelles meurtrières dans les tours; on fermait les ouvertures des maisons adossées aux murs de la ville ; on fondait des balles, on forgeait des carreaux d’arbalète. Tous les bourgeois valides s’exerçaient au maniement des armes à feu, bien résolus à défendre' jusqu’à la mort les murailles de leur cité.
Aux abords de la ville restait, isolée de toute habitation, l’église paroissiale de Saint-Germain ; quoique le culte public se fit plus facilement et plus sûrement à Saint-Pierre, c’était cependant encore à Saint-Germain que se trouvaient les fonts de baptême. Au milieu de ces bruits de guerre, il était urgent de changer ces dispositions dangereuses. Sur la prière du magistrat de Porrentruy, l’archevêque de Besançon, Charles de Neuchâtel, pour obvier aux dangers de guerre qui paraissaient prochains, et pour prévenir ceux qui pourraient advenir, autorisa l’érection de nouveaux fonts de baptême dans l’église de Saint-Pierre intra muros, maintenant toutefois les anciens fonts à l’église paroissiale de Saint-Germain (28 mars 1475).
Les appréhensions des bourgeois de Porrentruy ne se confirmèrent pas. Charles-le-Téméraire porta ailleurs ses armes et l’évêché de Bâle fut laissé de côté par l’armée de l’orgueilleux duc. Quand on sut que les Bourguignons cherchaient à pénétrer en Suisse par les défilés du Jura du côté de Grandson, on se hâta d’envoyer aux Confédérés six hommes à cheval et bien montés, auxquels on assura une solde de douze livres douze sols par semaine. Ils firent route avec cinquante-un Delémontains et gens de la Vallée, auxquels s’étaient joints plusieurs Ajoulots. Le 2 mars 1476, les hommes de l’évêque de Bâle prenaient part avec les Suisses, leurs bons amis et alliés, à la bataille et à l’immense déroute de Grandson.
La lutte n’était pas terminée : le duc de Bourgogne allait reparaître avec une armée aussi formidable que la première. Morat est assiégé par les Bourguignons. Les Confédérés se dirigent à marches forcées sur cette place. L’évêque de Bâle reste fidèle à ses alliances. Il a réuni dans son château de Porrentruy, qu’il habite depuis la guerre, les députés des villes de son évêché, et a convenu avec eux des secours à envoyer aux Confédérés. Porrentruy s’engagea à équiper et à entretenir durant la guerre six hommes à cheval: quelques nobles se joignirent à eux et marchèrent vers Morat sous la conduite du donzel Guillaume de Knôringen. On sait l’histoire de cette grande bataille qui fut le coup de mort de la puissance de Charles de Bourgogne (22 juin 1476). Ce fut un messager de Bienne qui accourut à Porrentruy annoncer la défaite des Bourguignons devant Morat. On lui fit don de vingt-trois sols quatre deniers pour sa bonne nouvelle. Les cavaliers de Porrentruy revinrent de Morat chargés de butin. Ils ramenaient une serpentine en fer, une haquebute en bronze, de la poudre à canon, du linge et autres objets. On leur fit bon accueil et l’hôtel de ville donna de nouveau à souper aux vainqueurs de Morat. L’évêque de Bâle consentit à laisser aux bourgeois les armes rapportées du champ de bataille auxquelles son titre de seigneur lui donnait quelque droit.