‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 27 sur 612 · L’ÉVÊCHÉ DE BALE A GRANDSON ET A MORAT · texte numérisé non relu

L’ÉVÊCHÉ DE BALE A GRANDSON ET A MORAT

Poursuivant ses conquêtes, Tannée confédérée assiégea les villes et les châteaux du voisinage, tandis que de leur côté les Bourguignons saccagèrent le comté de Montbéliard où ils brûlèrent plusieurs villages dont les noms ont disparu depuis ce désastre. Porrentruy est menacé, TAjoie est signalée aux représailles des gens armés du duc. L’évêque de Bâle renforce les garnisons de Roche d’or et de Chavelier. Tous les bourgeois sont sur pied; ils font de fréquentes sorties et patrouillent aux environs de la ville.

A l’appel de leur seigneur et maître, deux compagnies de Bàlois accourent, au commencement de mai 1475, renforcer la garnison de Porrentruy. Les comptes de la ville relatent qu’à cette occasion il y eut festin à l’hôtel-de-ville ; deux veaux, des moutons, de grandes pièces de bœuf furent servis dans ce repas qui coûta soixante-onze sols huit deniers. L’animation est au comble dans la cité : on se croirait dans une ville de guerre. On n’entend que le bruit des armes ; à chaque pas, on se heurte à quelque engin de guerre, tiré de l’arsenal. On pousse aux murailles et sur les tours les gros veuglaires, les serpentines, les couleuvrines, fabriquées récemment ; les hommes d’armes portent de lourdes arquebuses à mèche, des arbalètes à cric, de pesantes hallebardes ; on fait de la poudre avec du salpêtre recueilli avec soin ; on répare les murailles, les tours, les ponts-levis ; on entretient les fossés ; on veille nuit et jour. De temps à autre, quelque messager envoyé par les Confédérés apporte les nouvelles de la campagne. L’armée suisse est devant Blamont qui appartient au comte de Neuchâtel, par- signature de Charles le Téméraire.

tisan du duc de Boui^opne. Porrentruy a Sur une chart.de 1473, aux archives de Lucerne.

envoyé aux assiégeants un renfort de vingt-

cinq de ses meilleurs soldats qui ont amené avec eux devant la place, le gros veuglaire, ce terrible engin de guerre qui tirait d’énormes boulets de pierre. Ils sont munis de provisions que la ville leur a remises au départ et même de cordes qui doivent leur servir à lier les prisonniers de guerre. Blamont ne se rendit qu’après quinze jours de siège, non sans avoir fait éprouver aux assiégeants des pertes nombreuses. La ville fut pillée, saccagée, ses fortifications abattues, ses murailles renversées par la poudre (15 août 1475). La victoire des Confédérés fut attristée par la mort de leur vaillant général, Nicolas de Diesbach, qui avait été le principal instigateur de cette guerre.

Durant le siège, un cheval lui fit à une jambe une horrible blessure. Le mal se compliqua d’une atteinte de la contagion qui s’était déclarée dans le camp. Le courageux Bernois, craignant de jeter quelque panique dans l’armée par sa maladie, se fit secrètement transporter à Porrentruy. On lui prodigua les soins les plus empressés. Tous les secours furent inutiles: six semaines après, il mourut à Porrentruy, pleuré par tous les Confédérés. Il reçut sansdoute dans l’église de Saint-Pierre la sépulture réservée aux nobles et aux bourgeois de marque. Nicolas de Diesbach n’avait que quarante-cinq ans. Sa mort n’arrêta pas les succès des Suisses. Ils s’emparèrent successivement de toutes les places et châteaux de la contrée. Pont-de-R.oide, Dambelin, l’Isle-sur-le Doubs, Grannnont tombent entre leurs mains et sont saccagés et mis à feu et à sang. Les hommes de Porrentruy revinrent au logis avec quelque butin fait sur l’ennemi et des prisonniers qui durent fournir rançon pour avoir leur liberté. Malgré ces succès, TAjoie n’en reste pas

Page 1