‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 286 sur 612 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

Telle est en substance la fameuse ordonnance de 1736 qui a été la cause première des troubles dont l’évêché a été désolé pendant plus de dix ans. On voit par toutes ces prescriptions que Jean Conrad n'avait en vue que la bonne administration de ses États et le bien-être de ses sujets. Tout y paraît juste, raisonnable, dicté par un esprit élevé, intelligent, ami de l'ordre et de la fortune publique. — Et cependant, c’est de cette fatale ordonnance que date la guerre inexplicable, déraisonnable qu’une partie des sujets de l'évêché firent à leur prince et seigneur, Jean Conrad de Reinach.

Le prince de Reinach portait depuis vingt ans le pesant fardeau de l’épiscopat; il était dans sa soixante-huitième année, lorsqu’il songea à se donner un coadjuteur qui partageât avec lui le gouvernement de l’évêché de Bâle. Il avait un frère plus jeune que lui, du nom de Jean-Baptiste qui avait d’abord suivi la carrière des armes et avait fait plusieurs campagnes comme lieutenant d’un régiment d’Alsace. Puis il était entré dans l’église et en 1691 il avait remplacé dans le Grand Chapitre de Bâle le chanoine Jean Henri Jacques Reich de Reichenstein. En 1710, il était devenu doyen, puis en 1713, prévôt du chapitre. Jean Conrad demanda au chapitre de lui accorder un coadjuteur. Les chanoines élurent le 11 septembre 1734 leur prévôt, Jean-Baptiste de Beinach qui fut préconisé par le pape Benoît XIII évêque d’Abdère in parti bus infidelium.

„Le 15 janvier 1735, le prince de Reinach et son frère le grand prévôt s’étant transportés, avec toute la cour sur l’hôtel de ville de Porrentruy, comme le consigne le greffier dans le registre du conseil, pour assister au festin accoutumé au jour du renouvellement de la justice, Son Altesse annonça que Jean-Baptiste de Reinach son frère était nommé coadjuteur." 1

Le sacre du nouveau prélat eut lieu avec une grande solennité à l’église des jésuites le jour de Ste Catherine, 35 novembre 1735. Les jésuites avaient élevé à l’entrée de la place du collège un arc de triomphe monumental qui portait des inscriptions rappelant les fastes de l’illustre famille des Reinach. Les élèves en armes faisaient la haie jusqu’à la porte de l’église, où se dressait un autre arc de triomphe. Le Père recteur reçut et harangua les prélats. Le prince de Reinach sacra lui-même son frère, assisté des Abbés de Lucelle et de Bellelay. L'après-midi, une solennité littéraire eut lieu au théâtre du collège; le soir, la ville fut illuminée. 2

Le lendemain, c’était la fête du prince Jean Conrad; le coadjuteur officia pontificalement à l’église des jésuites, tandis que les deux Abbés mitrés disaient la messe aux autels latéraux. L’après-midi, le prince fit monter au château les jeunes soldats du collège et prit un grand plaisir à assister à leurs exercices. 3

Une médaille fut frappée par la monnaie de Porrentruy et distribuée aux assistants de marque. D’un côté sont représentés les deux frères portant la perruque en usage â cette époque, avec cette inscription: JOA. CON. S. R. I. P. E. BASIL. COADJUTUS. ET. JOA. B AP. COADJUTOR. — Sur l’autre face l’écu des Reinach et de l’évêché de Bâle soutenu par deux mains avec cette inscription: Uni o serval splendorem. — Episc. et Capit. Basil. — Elecf. Arlêsh. IL Sept. MDCCXXIV. — IIS

1 Registre de 1725 (15 janv.) aux archives de Porrentruy. = 3 Le greffier de ville rapporte qu’un

arc de triomphe avait été dressé au milieu de la, rue des Faivres (25 nov. 1725). = 3 Annales coll. Brunt.

ad 1725. = 4 La bibliothèque du collège de Porrentruy possède un très bel exemplaire en or de cette

médaille, don de M. le Dr Daucourt.

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