MORT DU COADJUTEUR DU PRINCE
Le coadjuteur prêta à son frère le concours le plus actif pour l’éloignement des troubles qui surgirent bientôt après. Il fit lui-même à Vienne un long séjour pour obtenir de l’empereur les ordonnances propres à ramener les révoltés à leur devoir. Il ne réussit pas dans ses tentatives de conciliation et il eut la douleur de mourir avant d’avoir vu la fin de cette étrange insurrection. Jean Conrad, en se donnant un coadjuteur, avait cru se choisir un successeur. Il n’en fut pas ainsi. L’évêque d’Abdère mourut à Arlesheim où il résidait d’ordinaire, le 25 janvier 1734. Il fut enterré deux jours après dans le caveau des chanoines de la cathédrale. Son cœur fut porté au milieu de sa famille à Hirtzbach; il avait soixante-cinq ans. — Cette mort prématurée fut un deuil immense pour le prince Jean Conrad. Au milieu des tristesses sans cesse renaissantes de la révolte d’une partie de ses sujets, il perdait le plus ferme appui de sa vieillesse. L’agitation allait croissant dans l’évêché et rien ne pouvait enrayer ce mouvement contagieux qui s’étendait chaque jour davantage. La Montagne d’abord, puis l’Ajoie, enfin la Vallée étaient en pleine révolution. 1
Effrayé des dispositions hostiles de son peuple, Jean -Conrad voulut faire connaître ses intentions aux États de l’évêché, convoqués par lui à Porrentruy le 1 1 janvier 1730. 2 * * * * * * Dans un discours tout à la fois grave et bienveillant, il expliqua à l’assemblée les motifs de ses ordonnances si mal comprises, si mal reçues du grand nombre ; il en fit ressortir l’utilité, la nécessité dans plusieurs cas. „ Depuis vingt-cinq ans, disait le Pontife, nous n'avons épargné ni veilles, ni soins, ni études, ni frais, ni travaux pour procurer le bien de nos sujets . . . Nous estimons de rendre compte à Dieu de notre conduite sans crainte, ainsi qu'au monde juste et raisonnable ... Il n’y a pas de sujets de princes d’empire traités
Médaille de l’évèque Jean Conrad
et de
Jean Baptiste, son coadjuteur.
1 Ne voulant point à chaque pas citer les sources où nous avons puisé les faits de cette période, nous nous contenterons de les mentionner ici : 1° aux archivés du château de Porrentruy, les liasses très nombreuses de ce procès. • — Troubles, griefs et séditions dans le bailliage d’Ajoie, 1730 — 1740. — Acta inquisitionis contra reos, etc. On trouve, parmi les pièces justificatives de la procédure, la correspondance des commis d’Ajoie entre eux et avec leurs commettants, les proclamations, les appels à la révolte, les adresses séditieuses présentées aux communes par Pierre Pequignat et signées dans tout le pays; les pamphlets contre le prince et sa cour, les rapports et procès-verbaux dressés par les vouëhles et autres fonctionnaires publics contre les délinquants, les délibérations prises par les meneurs contre les ordres de l’empereur, etc. Toutes ces pièces originales et d’une authenticité incontestable jettent un grand jour sur les évènements de cette époque. — 2° Aux archives de la ville de Porrentruy, basées Franchises, Nos 45, 46, 47, 48; politique, griefs et troubles, N09 11 et 12; politique, assemblées des États de la principauté de Porrentruy, 1622 — 1792, N° 10. — 3° Journal des troubles de la principauté de 1727 —1740, appartenant au frère Antoine Marie, capucin. — 4° Annales du collège de Porrentruy, des religieuses de l’Annonciade céleste, du chapitre de Saint-Michel, ad 1730 et seq. — 5" Registres des délibérations des conseils de la ville de Porrentruy, 1730 et seq. — 6" Morel, Histoire de l’ancien évêché de Bâle; Muller, Histoire de la Confédération suisse, trad. par Vullemin et Monnard, t. XIV, p. 317 et seq. = 2 Les Etats ou assemblées des députés du clergé, de la noblesse el du peuple, se composaient d’ordinaire de 19 membres répartis comme suit: L’abbé de Bellelay, président-né des États, comme le plus digne
a cause de son titre d’abbé mitré ; les députés des chapitres de Moutier-Grandval, de Saint-Ursanne, de Saint-Michel à Porrentruy; les députés de la noblesse, du prévôt d’Istein, de M. le baron de Wessenberg,
de la ville de Delémont, de Porrentruy, de Saint-Ursanne, de Laufon, de la vallée de Delémont, de
1 Ajoie. de la prévôté de Saint-Ursanne, de la Franche-Montagne, des bailliages de Pfeffmgen, de Birseck.
de Schlengen, de Zwingen. Les États s’assemblaient sur l’ordre du prince pour voter les impôts extra-
ordinaires. Ils disposaient librement pour le bien public de l’argent qui provenait de l’accise: c'était une
contribution levée sur les vins, l’eau-de-vie, le tabac, la viande de boucherie, etc. Porrentruy, Delémont
et Glovelier furent les localités où les États de l’évêché se réunirent le plus souvent.
Evêques de Bâle * 40