‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 30 sur 612 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

La mort de Charles-le-Téméraire mit fin aux guerres de Bourgogne. Il restait à régler la part qui revenait aux vainqueurs. Un premier traité fut conclu à Zurich, le 28 mai 1477, entre la fille du duc Charles, Marie de Bourgogne, et les princes et états confédérés. On réserva que les châteaux et autres lieux occupés par les armées demeureraient entièrement et de plein droit aux princes alliés. Ainsi l’évêque de Bâle retint les seigneuries de Blamont, Clémont et Pont-de-Roide ; mais sur les instances réitérées des seigneurs de Neuchâtel que l’archevêque de Besançon avait appuyées de son crédit, en venant lui-même à Porrentruy solliciter la bienveillance de Jean de Venningen, l’évêque de Bâle consentit, par un accord conclu le 19 juillet 1478, à restituer à leurs anciens maîtres Blamont, Clémont et Pont-de-Roide; il reçut en échange les villages de Grandfontaine, Réclère et Damvant qui appartenaient alors aux seigneurs de Neuchâtel. Quant aux châteaux de Maielie, Franquemont et Trévillers, ils restèrent, par droit de conquête, dans les mains de l’évêque de Bâle. 1

Il est probable que vainqueurs des Bourguignons, avec les Suisses à Grandson et à Morat, avec l'évêque de Bâle dans ses expéditions du voisinage, les bourgeois de Porrentruy s’enrichirent de quelque butin pris sur l'ennemi. Nous avons déjà parlé des trophées de guerre rapportés de Morat; quelques-uns des florins d’or qui remplissaient la cassette du duc Charles passèrent sans doute entre les mains des gens de Porrentruy. Comment expliquer autrement la confection de ce magnifique ostensoir qui fut commandé deux mois après la mort du duc Charles (12 mars 1477) à l’orfèvre de Bâle Jean Rutenzvig? Cette pièce d’orfèvrerie, qui a échappé aux ravages du temps et des hommes de 93, doit être un mémorial reconnaissant offert à Dieu par les gens de Porrentruy, après la guerre de Bourgogne. L’orfèvre a présenté au magistrat et au conseil de fabrique le plan de ce chef-d’œuvre de l'art chrétien. L'ostensoir devra être fait d’argent pur et peser douze marcs; chaque marc sera payé onze florins et demi du Rhin, le travail achevé dans le terme d’une année. L’artiste reçoit tout d’abord trois marcs sept lots et demi d’argent et vingt livres de deniers bâlois. Jean R.utenzvig avait sous les yeux les tours sveltes et élancées de la cathédrale de Bâle; il s’inspira de ce beau modèle et surmonta sa monstrance d’un gracieux clocheton sous lequel il abrita une délicate statuette de la Vierge Marie; deux anges à genoux soutiennent l’hostie sainte; à ses côtés se dressent des pinacles aux fines découpures. Les deux patrons de la ville S. Germain et S. Pierre, se détachent sur d’élégants contreforts aux côtés des anges prosternés. L’ostensoir de Porrentruy, fait par un artiste de Bâle le lendemain du désastre de Nancy, est aujourd’hui encore un éclatant témoin des prouesses de nos pères aux champs de bataille d’Héricourt, de Grandson et de Morat. L’or de l'orgueilleux duc a servi à faire un trône d’honneur au Dieu caché de l’eucharistie, le maître des empires et le père des peuples. 2

1 Pour les guerres de Bourgogne, outre les archives du château et de la ville de Porrentruy, nous avons consulté l’ Histoire des Suisses de J. de Muller, continué par Mallet, t. X. p. 95 et suiv. — Basilea sacra, p. 335. — Les Becherches sur la seigneurie de Neuchâtel par l’abbé Richard. — L’histoire de la Confédération suisse par Daguet. — Les hautes montagnes du Doubs par l’abbé Narbey. — L’Histoire de la Franche-Comté par Rougebief. — La grande chronique de Bâle par Wurstisen. — L’Epitome de l’histoire des évêques de Bâle par N. Gerung et celle du P. Voisard, etc. etc. — Nous devons une mention spéciale à une petite brochure publiée par M. Quiquerez sous ce titre: Episode de la vie politique de Porrentruy au XV° siècle ; nous y avons trouvé des détails précieux qui figurent dans notre récit. =

2 Archives de Porrentruy.

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