‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 304 sur 612 · MORT DU PRINCE JEAN CONRAD · texte numérisé non relu

MORT DU PRINCE JEAN CONRAD

cent cinq livres bâloises (22 janvier 1737). Pequignat va à Bonfol défendre de rendre les comptes de la commune devant la Seigneurie (24 janvier).

Tous les commis, réunis à Porrentruy le 5 février, chez le maître-bourgeois Liechté, concertent un nouveau plan de rébellion; Choulat, Bruat et d’autres bourgeois influents de la ville les encouragent dans leurs projets: on établira dans chaque village des gardes qui seront payées à frais communs par une collecte générale et obligatoire; on doit se prêter mutuellement main forte; on annonce de Vienne un nouveau mandat tout en faveur du peuple: encore quelques mois et l'Ajoie triomphera. — Aussitôt Jean Conrad proteste de nouveau et défend aux communes de contribuer de leurs deniers à ces gardes imposées par les commis (9 février) ; ceux-ci vont leur train, sans se soucier des ordonnances princières. Le receveur communal de Courchavon a reçu l’ordre de Son Altesse de garder par devers lui les comptes de sa gestion; les quatre commis arrivent à l’improviste au logis du craichie, et pour le forcer de leur livrer ses livres, ils se saisissent d’un cheval et d’un bœuf à lui appartenant (23 février).

A Chevenez, le parti du prince, écrasé pendant quelque temps, a relevé la tète. On refuse de payer aux commis la contribution pécuniaire qu’ils réclament. Pequignat accourt au village récalcitrant (2 mars); il convoque à l’église la commune tout entière; les partisans de la cour refusent d’assister à la réunion; retirés en armes dans le jardin attenant à la maison du prince, ils attendent la fin de la séance. A la sortie de l’église, plusieurs coups de fusil retentissent: un homme tombe; il s’appelle Jacquelot Vallet. Retranchés derrière des murs solides, les craichies laissent la menace populaire hurler à leur porte. Pequignat se retire en annonçant aux fidèles Ajoulots que justice leur sera promptement rendue. Le 11 mars, il réunit à Fontenais de tous les villages des hommes décidés, prêts à venger sur les craichies de Chevenez le sang versé le 2 mars. Le prince envoie aussitôt un de ces officiers supplier Pequignat d’arrêter la colère du peuple; justice sera faite; l'assassin sera puni selon les lois; une enquête est dressée, et le conseil aulique est saisi de l'affaire. Si le peuple se rend justice lui-même, il ôte au prince tout moyen de réprimer le désordre . . . Pequignat se méfie de Chevenez qui, déjà plusieurs fois, s’est fait rappeler par lui au devoir; il laisse le prince traiter cette affaire, et il dissout l’assemblée en promettant, si justice n’est pas promptement rendue, de punir exemplairement les coupables.

Jean Conrad était, à bout de ses forces. Sa vie s’usait à ces luttes prolongées et sans cesse renaissantes. Deux attaques d’apoplexie vinrent à peu de distance faire présager une mort prochaine. Enfin, un érysipèle aux jambes, qui dégénéra en gangrène, emporta le malheureux prince le 19 mars 1737. Il était âgé de quatre-vingt et un ans et en avait passé trente-deux sur le trône épiscopal de Bâle. Son règne, un des plus agités que nous connaissions, se partagea en deux périodes bien différentes: de 1705 à 1726, il consacra ses talents et son activité à la création de plusieurs institutions remarquables: une aumônerie générale, une manufacture pour les pauvres, une société littéraire au château, un séminaire pour son diocèse, pour lui et sa cour une résidence qui est encore aujourd’hui le plus bel édifice de la ville de Delémont et de tout l’évêché de Bâle; de 1726 à sa mort, dix années d’agitation et de troubles, dix années sans 1 rêve ni repos.

Jean Conrad avait pour devise ces mots prophétiques: In adversis patio r ! Il fut enseveli, le 28 mars, dans le caveau princier de l’église du collège de

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