CHAPITRE XXXV
année. Ce ne fut que le 29 juin de l’année suivante, jour de Saint-Pierre, qu’il fut sacré dans l’église des jésuites de Porrentruy par le nonce apostolique Doria, au milieu d’une brillante et nombreuse assistance. 1
Jamais règne ne s’ouvrit sous de plus funestes auspices: un peuple soulevé, l’autorité du prince, ses ordres méprisés, tous les moyens de conciliation inutilement tentés, la révolte armée et permanente, c’était plus qu’il n’en fallait pour effrayer le nouvel élu. ■ — Sigismond mit cependant avec courage la main à l’œuvre; il voulut essayer encore les voies de la douceur. Il prévint ses sujets qu’il voulait bien tenter quelque nouveau plan d’accommodement; il les invitait à lui présenter leurs vues à ce sujet, leur promettant de faire droit à leurs demandes si elles étaient justes. On se mit aussitôt à l’œuvre. Convoqués par l’Abbé de Bellelay, les députés des États, auxquels s’étaient joints les commis d’Ajoie, dressèrent un Mémoire qui fut présenté au prince au mois d’août 1737; il avait pour titre: Pensées de pacification sur les plaintes générales des Jetais. Malheureusement, tout dans ce travail était remis en question, et l’on semblait ne tenir aucun compte du jugement impérial du 10 janvier. Le prince ne pouvait accepter des propositions opposées aux décisions de son souverain ; cependant, pour être tout-à-fait à couvert, il envoya le projet de pacification à l’empereur lui-même, lui demandant son avis sur ce sujet. Charles VI n’examina même pas le Mémoire; il déclara la chose jugée, jugée irrévocablement. 2
Malgré cela, Jacques Sigismond tenta un nouvel effort. Le 27 février 1738, de concert avec son Chapitre, il demanda à ses sujets plaignants de lui accorder les trois points suivants: 1° lui payer les tailles ordinaires, censes et rentes seigneuriales; 2° recourir pour leurs difficultés aux officiers des bailliages; 3° accepter un tribunal où siégeraient les officiers et conseillers du prince, et qui serait chargé de finir les griefs particuliers soulevés contre les biens et revenus de l’évêque. Ces trois points accordés, Sigismond promettait pardon aux coupables, paix et amnistie pour tous.
L’Abbé de Bellelay transmit aux commis la lettre du prince en les convoquant à une assemblée générale à Cornol pour le 7 avril. Lue à Aile, le 22 mars, la missive de Sigismond trouva Pequignat et ses partisans dans de fâcheuses dispositions. Les chefs de la révolte craignaient de voir arriver une solution qui pourrait les laisser à la merci de leur souverain irrité; il était de leur intérêt de maintenir l’agitation des esprits qui faisait toute leur force en Ajoie. Aussi, même avant de connaître les propositions du prince, avaient-ils convoqué à Cornol une réunion générale des députés de tout le pays où les griefs contre la cour avaient été rappelés au souvenir de chacun: résolution avait été prise de se soutenir jusqu’au rétablissement de la tranquillité publique et de se tenir fidélité (2 I déc. I 737).
L’assemblée générale de tous les sujets plaignants (Porrentruy, Saint-Ursanne, Delémont et Zwingen) s’ouvrit à Cornol le 7 avril 1738; elle était nombreuse et composée de tous les chefs du mouvement. Les propositions du prince furent débattues, mais aucune décision ne fut prise. Les Etats avaient antérieurement chargé six députés de travailler à un plan d’accommodement. On demandait à
1 Archives de l'ancien évêché de Bâle. Annales colt. Brunt. P. Voisard, Histoire des évêques de
Bâle. = 2 A Vienne, cette révolte prolongée des sujets contre leur prince-évêque les fit accuser d’hérésie; les jésuites durent donner aux habitants de Porrentruy une attestation d’orthodoxie pour en faire usage en haut lieu. (Voir Annales collegii Bruntrutani ad 1737.)