LE PRINCE S’ALLIE AVEC LA FRANCE
Cornol où en était leur travail ; de plus, on voulait attendre les délibérations des villes de l’évêché sur les propositions de Sigismond. L’assemblée n’eut donc aucun résultat; on se contenta d'envoyer une députation à l’Abbé de Bellelay pour le prier d’interposer ses bons offices entre le prince et ses sujets.
Consultées, vingt communes de la vallée de Delémont répondirent (13 avril) qu’elles s’en tenaient à leur lettre de franchise de 1430 et ne voulaient aucun accord ; neuf communes de la prévôté de Saint-Ursanne (30 avril) s’appuyaient également sur leurs lettres de franchise, jusqu’à ce qu’on leur prouvât quelque chose de meilleur. Zwingen déclara qu’il ferait comme Porrentruy, et Porrentruy s’en tint à la délibération de l’assemblée de Cornol qui elle-même n’avait rien décidé.
C’était un chaos: pour en sortir, le prince ne vit plus d’autre moyen que de recourir à la force armée; tout essai d’arrangement à l’amiable était désormais inutile. Jean Conrad avait en vain épuisé tous les moyens d’accommodement que lui suggérait son désir de la paix: il était mort sans avoir ramené au devoir ses sujets révoltés. Le prince Sigismond, qui avait assisté comme prévôt du Chapitre de Bàle à toutes les phases de cette triste lutte, et qui même avait tenté auprès des rebelles une démarche infructueuse, savait à quoi avaient abouti tant d’atermoiements. Il fallait en finir: les tribunaux d’empire, Charles VI luimême, avaient prononcé, et les rebelles refusaient de se soumettre. Poussé par ses chefs, le peuple suivait en aveugle l’étendard de la révolte que Pequignat faisait flotter devant lui.
C’était à la tète qu’il fallait frapper: le chef abattu, le corps tomberait sans force aux pieds du prince. Mais pour se mesurer à forces égales avec ce redoutable tribun qui comptait autant de défenseurs qu’il y avait de rebelles en Ajoie, il
fallait d’autres soldats que les quelques Suisses qui gardaient le prince et pouvaient à peine se garder eux-mêmes. Sigismond songea d’abord à demander secours à son souverain naturel, l’empereur d’Allemagne; mais l’empire était trop éloigné: l'évêché de Bâle en était séparé par le canton de Bàle, qui était en droit de refuser passage aux troupes impériales. Les cantons catholiques alliés du prince n’osaient prendre ouvertement le parti des armes contre des sujets qui étaient liés avec d’autres cantons suisses par des traités de combourgeoisie ou par des rapports de bon voisinage. Il ne restait que la France qui fût disposée à accueillir les ouvertures du prince. Déjà Jean Conrad avait recherché, mais sans succès, en 1735, l'alliance du cabinet de Versailles; Sigismond fut plus heureux. Avec l’agrément de l’empereur, il entra en négociation avec l’ambassadeur français résidant à Soleure, le marquis de Barberie de Courteille, et le I 1 septembre 1739, il conclut un traité que Louis XV ratifia à Versailles le 33 du même mois. Toute cette affaire fut menée avec tant de discrétion que les signatures étaient échangées entre les souverains avant que l'Ajoie se doutât qu'il était question d'une alliance entre son prince et une puissance étrangère.
Sapeur des Gardes Suisses.
Ordonnance française.