‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 322 sur 612 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

assemblées, les cabales, les confédérations de nos mutins se font et se renouvellent avec plus de hardiesse que jamais . . . Mon Dieu ! que nous avons besoin des armes du Roy; je ne suis guère capable, dans l’impatience où je suis, qu’à compter un moment après l’autre, jusqu’à celui qui doit nous apprendre cette importante nouvelle. “

Pendant que l’ambassadeur de France échangeait avec Versailles les dépêches qui devaient fournir au prince le secours armé qu’il demandait, les révoltés continuaient à se donner tous les torts. Le 10 avril, on avait distribué à Porrentruy, à tous les députés des communes, des billets où chaque habitant devait signer et enregistrer son serment de fidélité à la cause populaire. Le lundi de Pâques (18 avril), plus de deux cents garçons accourus des villages voisins se trouvaient réunis auprès de la chapelle de Sainte-Croix et recevaient de Pequignat l'ordre d’aller en armes à Porrentruy demander le testament de dame Henriette et la lettre de Rodolphe. 1 Grande fut l’alarme en ville, lorsqu'on vit s’approcher en colonnes serrées, étendard déployé, l’arme au bras, les jeunes gens de Sainte-Croix. Aussitôt on ferma les portes de la cité, on doubla les gardes et on attendit . . . Devant cette résistance/ inattendue, les rebelles n’osèrent poursuivre leur dessein, et ils se retirèrent sans coup férir.

Encore une fois, en présence d’un peuple obstinément révolté, que pouvait faire Sigismond de Reinach1? Laisser les choses en cet état, c’était vouloir l’anarchie et, par suite, la ruine de ses sujets. L’insubordination au souverain avait amené dans les communes des désordres inconnus jusqu’alors. Voler le prince, dévaster ses propriétés, rouer de coups ses bergers, chasser, disperser violemment ses troupeaux, ce n’était là que la monnaie courante. A Porrentruy, on avait chassé le curé qui passait pour ennemi des rebelles; on avait cadenassé la cure et brûlé le pavillon de jardin que M. Colin avait fait bâtir à ses frais. A Rressaucourt, mêmes désordres; le curé, malgré le mandement de l’archevêque de Resançon, avait dû prendre la fuite. — Sigismond ne pouvait laisser de tels actes impunis. Céder aux plaintes si souvent reproduites depuis dix ans, c’eût été se dépouiller, lui et ses successeurs, de droits acquis et consacrés par des décrets impériaux qui obligeaient prince et sujets. Pactiser, entrer en arrangements, il l’avait voulu; mais les plaignants s’y étaient obstinément refusés. Leurs titres, examinés par des commissions nommées a<l hoc par l’empereur lui-même, avaient été trouvés de mille valeur: ils étaient ou surannés ou abrogés par des conventions postérieures. Et cependant, les rebelles maintenaient leurs réclamations, malgré l’empire et l’empereur. — Il ne restait plus au prince qu’un seul moyen de ramener l’ordre dans ses États: c’était l’appel à la France; il l’employa.

Louis XV avait promis d’aider le prince de Reinach de ses forces, suivant que la nécessité le demanderait et le plus promptement qu'il serait possible. Le moment était venu de tenir cette promesse: l’évêque de Râle n’avait plus d’autre ressource que le secours des armes françaises. Le 20 avril, le prince reçut la nouvelle que le cabinet de Versailles avait fait droit à sa demande et qu’ordre était donné à

1 Déjà à maintes reprises, les rebelles avaient, cherché à retrouver ce testament de la comtesse de Montbéliard. En 1731, Henri Mouhai avait été envoyé à Mandeure, à Montbéliard, à Pont-de-Roide ; en 1734 (juin), Pequignat, Lyon et Riat allaient eux-mêmes dans le Valangin, chez le ministre de Fontaine, réclamer, mais en vain, ce document précieux ; plus tard, on alla jusqu’à Resançon; tout fut inutile: le testament était introuvable.

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