LE SECOURS ARME DE LA FRANCE
Cependant, Pequignat essayait de frapper à une autre porte, espérant qu’elle lui serait plus hospitalière que celle de Berne. On disait les Bâlois favorables aux révoltés. Déjà, à différentes reprises, leurs avocats avaient dressé des Mémoires qui avaient figuré à Vienne dans les pièces du procès. Le bruit avait couru que le gouvernement de Bâle était décidé à refuser passage sur son territoire à des troupes impériales, dans le cas où la cour de Vienne voudrait appuyer par les armes le prince de Reinach. On pouvait donc à juste titre espérer un accueil plus favorable à Bâle qu’à Berne.
Les quatre commis d'Ajoie chargèrent donc Étienne Bruat, de Porrentruy, docteur en droit, de s’adresser à Leurs Excellences de Bâle pour les prier de vouloir les recevoir dans leur haute protection et leur donner copie des droits et privilèges qui peuvent reposer dans la chancellerie de Bâle (4 mars). Bruat partit au commencement de mars avec Etienne Pequignat, fils du commis d’Ajoie, et Jean Simonin, de Courtemautruy. Arrivés à Bâle, les députés demandèrent audience à Leurs Excellences hâloises, qui déjà avaient connaissance du mauvais accueil fait par Berne à la première députation. Bâle ne pouvait pas agir autrement que Berne: donner des espérances aux révoltés de l'évêché de Bâle, c’eût été infliger un blâme à Leurs Excellences bernoises, qui les avaient renvoyés et condamnés. Avant tout, Bâle voulait conserver intacts les bons rapports qui existaient entre elle et la puissante république sa voisine. En conséquence, Bruat fut poliment éconduit; on l’engageait à retourner à Berne: si Berne lui faisait bon accueil, Bâle le recevrait de même. Bruat partit emportant quelques bonnes paroles et une copie allemande des droits de la vallée de Delémont. Le 14 mars, les députés étaient de retour, et le chancelier du prince écrivait à M. Blœscb, à Berne: „ Ils viennent d’être renvoyés par le canton de Bâle, à qui ils avaient demandé conseil et protection; il y a toujours plus à craindre qu’à espérer dans une crise de cette nature, surtout chez un peuple fier et insolent." (14 mars).
Décidément, la Suisse n’était pas favorable aux révoltés. Pequignat le comprit: aussi, ne pouvant plus compter sur un appui étranger, il songea à entamer de nouveau quelques négociations avec le prince. Le 28 mars, les quatre mairies d’Ajoie étaient réunies à Porrentruy pour supplier Son Altesse de leur faire connaître ce qui lui est dû, parce qu’elles veulent le payer. Sigismond déclare qu’il s’en tient à ses anciennes déclarations et les renvoie sans les entendre. Les révoltés ignorent que le prince a en main une arme infaillible pour les ramener au devoir.
Pequignat, exaspéré de voir la cour paraître faire si peu de cas des demandes de l’assemblée, convoque àFontenais une réunion générale de toutes les communes de l'Ajoie pour y prendre telles mesures qui seront jugées nécessaires. Le 3 avril, toutes les communes étaient groupées autour de leurs commis et prenaient la résolution de protester contre toute nouveauté passée et future. On se séparait ensuite, en se promettant fidélité inviolable, et rendez-vous était pris pour le 10 avril à Porrentruy, à l’auberge de la Couronne.
Averti de ces mouvements menaçants, le prince se bâta d’envoyer à Soleure son chancelier Decker. Le temps était venu de mettre à exécution les clauses du traité avec la France. L’évêque de Bâle sollicitait ouvertement de son puissant allié un corps de troupes suffisant pour ramener la paix dans ses États. De retour à Porrentruy le 4 avril, le chancelier du prince écrivait à M. de Marianne: „Les
Evêques de BriJe* 23