‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 324 sur 612 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

au nom du canton en décembre 1 7 39 ; 1 que les Bàlois suivraient les Bernois et prendraient avec ceux-ci parti pour le peuple opprimé de Tévêchë. Pequignat sentait plus que jamais le besoin qu'il avait d’une main étrangère pour l’appuyer dans sa rébellion. Berne touchait à l’évêché de Bâle. Ne pourrait-on pas, sous les auspices de la puissante république, secouer pour toujours le joug intolérable du prince de Porrentruy et fonder un petit État qui formerait bientôt un nouveau canton de la vieille Helvétiel Tels étaient les projets que Pequignat roulait dans sa tête en prenant avec Riat, Lion, Varé et Corbat la route de Berne. 2

Partis de Courgenay le 23 avril, ils arrivaient à Bellelay le lendemain, dimanche au matin; à six heures, ils entendaient la messe, et toute de suite, après avoir bu l’eau-de-vie sous la porte, ils reprenaient la route de Tavanne. 3 Le 27, ils étaient à Berne et s’occupaient de dresser un Mémoire pour solliciter l’appui de Leurs Excellences. „Pour ce qui concerne notre affaire de Berne, nous croyons que tout ira bien, écrivait Lion à sa femme; il faut bien dire de ne rien signer; il vaudrait mieux se couper la main . . . Pour de l’argent, il faut avertir d’en préparer secrètement." Les espérances des commis firent bientôt place à une cruelle déception: le conseil souverain consentit bien à leur donner audience; on écouta une fois encore les plaintes qu’ils formulaient avec fort peu de ménagement contre le prince leur souverain; mais, après l’exposé de leur triste situation, Leurs Excellences de Berne leur déclarèrent qu'ils n’avaient plus d’autre parti à prendre que de reprendre au plus vite le chemin de leur pays; vingt-quatre heures leur étaient laissées pour se remettre en route; on les invitait à ne plus tenter de démarche ultérieure ; tout serait inutile : Berne ne pouvait soutenir des rebelles. 4 *

Les commis se retirèrent l’oreille basse : d’un seul coup, ils voyaient disparaître le dernier appui sur lequel ils comptaient pour arriver à leurs fins. Au moment où ils reprenaient le chemin de l’Ajoie, roulant dans leurs tètes quelques nouveaux projets de révolte, Porrentruy ouvrait ses portes aux bataillons français que Louis XV envoyait à son allié le prince-évêque de Bâle.

Le 27 avril 1740, quatre cents dragons à cheval et deux cents grenadiers, sous les ordres du comte de Broglie, fils du maréchal de ce nom, entrèrent en ville en ordre, l’épée nue à la main, au son des canons. 0 Aussitôt, faute de local convenable pour loger les troupes, on fit évacuer le collège et le séminaire ; les classes furent fermées, et à la place des élèves et des séminaristes, les grands bâtiments du prince de Blarer furent occupés pendant neuf mois par des grenadiers français. 0 Les bourgeois durent loger provisoirement les dragons et leurs chevaux ;

1 II est constant que dans le courant de décembre 1739, le canton de Berne offrit à l’évêque de

Bâle un secours armé pour écraser les rebelles. Le prince Sigismond venait de conclure son traité avec Louis XV ; il refusa les offres un peu tardives de la république. = 2 Pequignat raconte ces projets dans son interrogatoire du 4 mai. = 3 Lettre du châtelain de Delémont. M. Rinek de Baldenstein, au chan-

celier de S. A. (26 avril 1740): „Us doivent avoir dit qu’ils allaient à Berne faire le dernier tentatif auprès de ce canton . . je donnerai des ordres pour les saisir et les conduire à Saignelégier en toute assurance ... u = 4 M. de Marianne- écrivait de Soleure à M. Decker ( 1er mai 1740) : „ Berne les a écoutez et renvoyés avec compassion, en leur signifiant pourtant d’en sortir dans les 24 heures. “ = 6 Annales des Annoneiades de Porrentruy, ad 1740. = e 27 avril 1740. Arrivée du régiment de Languedoc-dragon et IX compagnies de grenadiers, sous le commandement de M. de Broglie; — logés au séminaire, au gymnase, sous les halles. — Un détachement du régiment d’Andlau releva dans six semaines les dragons

du Languedoc. (Annales du chapitre de Saint-Michel, ad 1740.) — ,, Le 27 avril 1740, les Français sont

entrés dans la ville de Porrentruy; ils étaient 600 hommes et au moins 60 officiers. J’eus les 3 premiers jours 6 dragons chez nous, savoir Lajou, Laferge, Antoine V allait, Brisy et Davalo. Ensuite on me donna

un officier, M. Dudod, mais on m’ôta les deux derniers dragons. Le 1er juin 1740. les dragons s’en allèrent, mais il revint 200 grenadiers à la place. Ils arrivèrent avant que les autres fussent partis, du moins

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