‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 336 sur 612 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

en termes énergiques les révoltés au devoir. Sémon était du peuple: comme président des États, il représentait le peuple de l’évêché; il devait donc être facilement suspect, et il ne fallut que quelques pourparlers à Bellelay avec Pequignat ou quelques-uns des siens pour le compromettre et le faire passer pour ennemi de la cour. — M. François Bassand fut déposé de ses fonctions de prévôt de Saint-Ursanne, privé de voix au chapitre et condamné à mille livres d'amende (novembre 1741). Cette sentence fut la dernière rendue.

La révolte était écrasée. — Les troupes françaises, désormais inutiles, partirent le 2 janvier 1741, ne laissant que quatre-vingt grenadiers de garnison.1 Leur séjour avait été une lourde charge pour l’Ajoie, déjà épuisée par dix années d’agitation. Dans les villages, les soldats pillèrent les maisons des paysans qu'ils arrêtaient et enlevèrent jusqu’aux matières premières (usque ad materiam primant, disent les Annales du collège de Porrentruy). En ville, on leur donnait pain et viande avec la paye que recevait d’ordinaire la garnison suisse. De plus, le magistrat, sur l'ordre du prince, dut fournir, de l’hôtel-de-ville même, les meubles et ustensiles nécessaires à monter la maison que le comte de Rasse, colonel du régiment de dragons, occupait au faubourg.

Après le départ des troupes françaises, tout rentra dans l’ordre. Il y avait bien encore, comme après un violent orage, quelques légères agitations, quelques sourds mécontentements, mais la surface était calme et les choses avaient repris leur cours accoutumé.

Les États furent encore réunis sous la présidence du chanoine Chariatte, coustre (custode) du chapitre de Moutier-Grandval : tout s’y passa dans l’ordre le plus parfait (17 juillet 1741). Le prince réclama pour avances faites pour les États en général 90,000 livres bàloises et 140,000 livres pour dépenses occasionnées par les troubles: total 230,000 livres, soit 436,149 francs: c’était énorme. Les députés des États qui n’avaient pas pris part aux troubles, réclamèrent contre l’emploi des deniers publics dont les États plaignants avaient disposé: c’était aux révoltés seuls à supporter les frais de l’occupation militaire; les sujets fidèles demandaient à en être exempts. 2 II fut fait droit à leur demande, et les États plaignants durent payer d’abord 60,000 livres, puis s’engager à rembourser d’année

1 L’évêque de Bâle fit présent au comte de Rroglie, à son départ, d’une épée d’or et de plusieurs médailles frappées à l’occasion du rétablissement de l’ordre dans l'évêché. — Il reste encore dans le pays quelques exemplaires de cette médaille d’une exécution remarquable: la bibliothèque du collège de Porrentruy en a une en bronze, nous en possédons une en argent parfaitement conservée. Elle a 5 centimètres, 3 millim. de diamètre: d’un côté l’effigie de Louis XV revêtu de la cuirasse et du manteau fleurdelisé, avec ces mots: LUD. XV. REX (JHRISTIANISS., signé Dassier. — De l’autre, le globe sur lequel se détache l’évêché de Bâle, marqué par la crosse de son blason: un génie représentant la France tient en main une corne d’abondance qui se répand sur la principauté. Au-dessus du globe, le soleil, sans doute le soleil de Louis XIV, dardant ses rayons, avec ces mots: Undique serenat. Sur un ruban au-dessous du

globe, ces

lignes: TR

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