‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 362 sur 612 · CHAPITRE XXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI

Le doyen d’Ajoie fut chargé par l’archevêque de Besançon de publier la bulle de suppression. Ce fut le 13 octobre 1773 qu’il intima aux jésuites les ordres du souverain pontife. Le prince, à son tour, leur fit signifier par son chancelier de Bilieux les droits que la bulle lui donnait sur leurs biens et propriétés. En même temps, il leur fit proposer ou de continuer leurs fonctions au collège ou de se retirer dans leur patrie comme bon leur semblerait.

Les jésuites, consternés, plongés dans la plus vive douleur, ne surent répondre que par leurs larmes. „Seul, le portier, raconte M. Kuhn dans ses mémoires, le frère Rœdel, reçut cette nouvelle avec un air riant. M. le chancelier qui s’en aperçut, lui adressa la parole, en lui témoignant sa surprise sur sa gaieté. „Ah! Monsieur, répondit-il, je suis déjà accoutumé à ces comédies, voilà la troisième fois qu’on me fait ce compliment. Mais la première fois que je fus témoin et acteur d’une pareille cérémonie dans la capitale du Chili, on ne nous l’annonça pas d’une manière si honnête. On nous fit sortir de notre lit à minuit; on nous fit embarquer la même nuit dans un vaisseau qui nous attendait au port ; on nous transporta ainsi dénués de tout jusqu’au Mexique, de là en Espagne, où ceux de cette nation purent demeurer; et nous autres allemands, nous fûmes d’abord conduits à l'ile de Corse où on ne voulut pas nous recevoir; de là transportés dans la Toscane, d’où, par l’intercession de la duchesse, son époux Léopold nous fournit enfin les moyens nécessaires pour gagner notre patrie. Maintenant j’espère que, sous le gouvernement de notre bon prince, nous ne serons pas traités ainsi, et c’est ce qui me console un peu et cause ma bonne humeur." „M. le chancelier sourit à cette réponse naïve et en fit rapport au prince et le frère R.œdel resta jusqu’à sa mort portier du collège de Porrentruy."

La société de Jésus n’existait plus. Les ex-jésuites de Porrentruy prirent, les uns, la route de leur patrie, les autres, presque tous de l’évêché, restèrent au collège et continuèrent leur enseignement. Désormais c’était le prince qui seul avait la direction et le soin de l’établissement. A lui aussi, suivant la teneur de la bulle de Clément XIV, appartenaient tous les biens du collège et des jésuites.

Le prince de Montjoie prit aussitôt en mains les intérêts de son collège. Il établit d’abord un bureau d’administration qui devait veiller, en son nom, à ce que l’établissement ne perdît rien de son ancien lustre. Dans ce conseil, il fit entrer tous les hommes qu’il crut capables de rendre service à l’instruction publique: le grand maître de Ligertz, président, le chancelier de Bilieux, le curé Balanche, les conseillers auliques de Roggenbach et de Bilieux, le procureur général Scheppelin, l’abbé Guenat, le nouveau principal, le maître-bourgeois en charge, et enfin l’économe du collège et l’avocat Delefils, secrétaire.

Les biens du collège, situés en France, avaient été mis sous le séquestre, par arrêt du conseil cl’État du 30 janvier 1774, comme appartenant aux jésuites. Le prince de Montjoie les revendiqua comme siens propres et le roi, par arrêt du 35 mars 1775, „pour satisfaire au prince, à qui il se fera toujours un plaisir de témoigner ses égards et sa bienveillance, excepte des dispositions de l’arrêt de son conseil d’État, les biens dépendant du prieuré de Miserez qui sont situés en Franche-Comté et en Alsace". C’était pour le collège un heureux événement.

Simon-Nicolas mourut quelques jours après ce décret royal. L’avocat Bilieux qui était alors conseiller aulique, raconte ainsi dans une lettre à son frère à Rome, ce triste événement : „ Notre bon prince a succombé hier (5 avril 1 775) à une heure

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