CHAPITRE XXXVII
„Le moment arriva, environ à deux heures, où le souverain se disposait à partir. S’il emporta avec lui les tendres regrets des Erguélistes, qui ont tâché de lui donner les témoignages les plus sincères de leur amour, de leur fidélité et de leur profonde vénération, il voulut aussi les consoler, en leur laissant, à l’exemple de ses prédécesseurs, des lettres confirmatives de tous leurs droits, franchises et privilèges, avec les gracieuses assurances de sa protection; leur promettant que toujours, depuis sa résidence, sa justice volerait à eux. Il fut accompagné par les dragons d'Erguel de la bannière de Bienne, et quelques notables des villages, jusqu’à Pierre -Pertuis, où ils furent congédiés. De là à Bellelay, Son Altesse reçut dans sa route les mêmes honneurs qu’on lui fit en venant depuis cette abbaye. Elle y passa la nuit avec sa cour, à la grande satisfaction de M. le prélat.
„Le samedi 28, à six heures du matin, Son Altesse en partit, escortée de quelques compagnies de cavalerie des Franches-Montagnes, et arriva à neuf heures à Saignelégier, où tous les habitants de cette seigneurie s’empressèrent à prêter l’hommage avec les cérémonies ordinaires. Ils n’omirent rien d’ailleurs, de tout ce que le lieu pouvait fournir pour lui faire leurs honneurs et lui témoigner leur parfait attachement. Après un grand déjeuné, dans la maison du prince, que lui donna, et à sa cour, M. le baron de Kempff, grand-bailli de cette contrée, Son Altesse escortée de la même cavalerie, continua sa marche vers la ville de Saint- Ursanne, où MM. les chanoines de la collégiale, MM. du magistrat et la bourgeoisie reçurent le prince avec les marques d’un respect et d’une joie inexprimable. Tous ensemble, avec les dépendances de Saint-Ursanne, s’acquittèrent de l’hommage en la manière accoutumée. M. Theubet, lieutenant du prince, eut l’honneur d’offrir une belle collation à Son Altesse et à sa suite. Elle hâta son départ, et le fil accompagnée d’une troupe choisie de ses sujets de la prévôté de Saint- Ursanne. Le prince arriva à Porrentruy sa capitale, à huit heures du soir. Monseigneur l’évêque de Lydda, suffragant de l’évêché de Bâle, prélat doué de plusieurs rares talents, el qui pendant l’absence de Son Altesse tenait les rênes du gouvernement, lui avait préparé une réception magnifique. Déjà aux frontières de la seigneurie d’Ajoie, un compagnie de hussards et cinquante cavaliers du pays se présentèrent pour lui servir de garde. Son entrée se fit au bruit du canon, au son de toutes les cloches, à la lueur d’une infinité de flambeaux. Toute la ville fut illuminée; la garnison et la bourgeoisie étaient sous les armes. Toute la noblesse et tous les officiers attendaient Son Altesse au château pour la recevoir; et ce beau monde ne se retira qu’après un soupé somptueux.
„Le dimanche 20 septembre, repos. Mais le lundi 30, Son Altesse voulant faire prêter le serment à la ville de Porrentruy et au pays d’Ajoie, elle se rendit, à neuf heures du matin, avec toute sa cour, en grande pompe à l’église paroissiale, pour y recevoir l’hommage du magistrat et de la bourgeoisie. Après cette solennité, le prince, suivi de son cortège, se transporta dans une vaste prairie près de la ville, où les habitants de la campagne, dont au delà de cinq mille étaient armés, prêtèrent le même serment, et exprimèrent en cenl façons diverses, combien Son Altesse captivait leurs cœurs. Il y eut grand dîné à la cour. Le soir la ville fut encore illuminée, et l’on fil des réjouissances publiques, où le prince daigna faire un tour. La fête se termina au château par un gala, où le soupé el le bal furent des plus magnifiques.