CHAPITRE XXXVII
Cette tour, qui attirait l’attention du géographe, venait d’être remise à neuf. En 1772, elle menaçait ruine; M. Paris, architecte du château, avait constaté que la plus grande partie de la grande pyramide, haute de cinquante-six pieds, et des deux petites du côté de vent était calcinée. Le conseil de ville avait consulté le sieur Schouller, directeur des ponts et chaussées et fortifications de Belfort, qui l’avait renvoyé au sieur Chassin, architecte de Colmar. On s’adressa encore à un Metthée, de Delémont, expert en ces travaux.
La tour fut examinée de près et sa reconstruction partielle déclarée urgente. Le curé Balanche soumit au conseil un plan qui portait une façade accostée de deux clochers. La dépense eût été de 23,000 livres. L’argent faisait défaut et le conseil se contenta de faire démolir la flèche de pierre, d’exhausser la tour d’un étage de vingt pieds de haut, et de la surmonter d’un dôme. La démolition eut lieu pendant le mois de mai 1776: les classes furent fermées pendant ces travaux préparatoires. Quand il fallut payer, la fabrique de l’église déclara que c’était la ville seule qui devait supporter ces frais. 11 y eut procès. Le prince de Wangen, par ordonnance du 12 juin 1776, défendit au magistrat d’employer les deniers de la fabrique pour cet objet. On consulta les avocats de Besançon. Enfin, un nouvel arrêt du prince-évêque, du 13 juillet 1776, autorisa le conseil à faire emploi des deniers de la fabrique, sans cependant en diminuer les fonds. Les travaux furent exécutés par Jean Schwartzlin et Bataillant pour 2225 livres bàloises. On démolit les quatre vieilles fenêtres gothiques de la tour et on les remplaça par quatre œils-de-bœuf de quatre pieds de hauteur sur cinq de large. La charpente du dôme fut faite par le charpentier Bencly et coûta 250 livres bàloises; la ville fournit le bois. Les dépenses totales s’élevèrent à 2865 livres de Bâle. Ce travail qui subsiste encore aujourd’hui, atteste le savoir et la main sûre des ouvriers d’alors.
La cour donnait encore à la ville une animation que celle-ci a perdue depuis cette époque : vingt-deux maisons dépendaient du château ou de la résidence du prince et logeaient les 665 personnes qui formaient les familles des employés de la cour. Le maître de chapelle Kuhn, qui était attaché au prince de Wangen, a laissé une description très exacte de la cour de Porrentruy en 1778; nous l’empruntons à ses mémoires que nous avons eus quelques jours à notre disposition:
„ 1. La cour de Porrentruy, dit-il, consistait en cinq conseils, composés chacun d’un président, de plusieurs conseillers, et de quelques secrétaires. Le premier était le Conseil intime dont le chancelier, M. de Bilieux, était président. Les grands chanoines d’Arlesheim avaient le droit d’assister aux délibérations et de donner leurs voix. On y traitait la diplomatie et généralement les affaires du gouvernement.
„ 2. Le Conseil ecclésiastique ou V official ité composé d’un président, M. Cfobel, vicaire général, d’un official, d'un promoteur fiscal, de plusieurs conseillers et de deux secrétaires. On y traitait les affaires ecclésiastiques de l’évêché et le contentieux qui s’élevait au sujet des promesses de mariage et des divorces.
„3. Le Conseil aulique, composé d’un président, le baron de Schœnau, de plusieurs conseillers et d’un secrétaire. On y traitait le contentieux des habitants laïques de la principauté qui, par appel des tribunaux de première instance ou des grands-baillis, portaient la décision de leurs affaires devant ce tribunal supérieur. De ce conseil dépendait la chancellerie, composée d’un directeur et de plusieurs
Vautrey, histoire des Évêques de Bâle.
Phototyp. C. & N. Benzlger frères, Elnsledeln.
Calendrier monumental du prince de Wangen.
.los. Huober inv. et Jos. Hartmann pinxit. — Fratres Klauber cbalcographi, 1 779-
D’apres l’ original (taille-douce), grandeur: çr : 187 cm.