CHAPITRE XXXVII
noblesse, des ecclésiastiques et des conseillers. La seconde des officiers, secrétaires, de l’archiviste, des valets de chambre de Son Altesse, de l’écuyer, du maître- chasseur et forestier. La troisième, celle des maîtres des différents métiers attachés à la cour, cochers et laquais du prince. La gouvernante avait sa table particulière et, dans une chambre voisine, se trouvait celle des servantes qui étaient sous sa surveillance. La table des domestiques comprenait tous les palefreniers, valets et ouvriers qui venaient manger au château.
„Le nombre des convives de la cour se montait à deux cents. Le prince salariait en outre beaucoup de personnes qui ne demeuraient pas à Porrentruy, comme dix grands-baillis, une douzaine de receveurs, qui demeuraient à Soultz, Cernay, etc."
M. Kuhn, qui nous a laissé ces renseignements si curieux, cumulait à la cour les fonctions de directeur de la musique avec celles de secrétaire de l’officialité. Ses émoluments consistaient en quatre- vingt seize boisseaux de blé, douze mesures de vieux vin d’Alsace, et près de cinquante louis d’or en argent. A treize ans, il était déjà organiste au collège. C’était un musicien distingué qui a laissé plusieurs pièces de sa composition très remarquables. Cet artiste distingué présida à la confection du Vespéral encore en usage dans nos églises. U se servit surtout de l'antipbonaire de l’ordre des Prémontrés rédigé par le P. Hauser, de l’abbaye de Sousenried en Souabe, et qui était en usage à Bellelay. M. Kuhn passa trois ans, avec le curé d’Alle, M. Démangé, à ce travail qui lui fut payé cinquante louis d’or. De l’aveu des meilleurs connaisseurs, le Vespéral bâtlois est un livre de chant remarquable.
Tout promettait au prince de Wangen un règne florissant et de longue durée. Il était, semblait-il, dans la force de l’âge, plein de vie. et de santé; sa sollicitude s’étendait sur toutes les parties de sa double administration spirituelle et temporelle. Il était adoré de ses peuples dont il était le père et le protecteur dévoué. 11 faisait mille projets pour le bien de ses États, lorsque tout à coup la mort vint l’enlever à l’amour et à la vénération de l’évêché de Bâle. Un témoin oculaire, dévoué à ce bon prince, M. de Bilieux, écrit à son frère, chanoine à Zurzach, le tragique événement; la lettre est du 30 septembre 1782: „ Depuis le commencement du mois d’août le prince se plaignait d’un mal de dents ; il y avait plus de deux ans qu’il ne mangeait plus du côté droit. La grippe, ou l’aussi nommée maladie russe, est survenue et a donné beaucoup d’inquiétude et occasionné un abattement considérable au prince. Elle s’est passée heureusement et sans accident; mais le mal de dents n’a pas discontinué. Enfin le 13 de ce mois, Son Altesse s’est déterminée à se faire arracher cette dent et l’opération paraissait d’autant mieux avoir réussi que la dent était ébranlée et peu affermie. Le lendemain la plaie saigna toute la journée et le malade ne se trouvait pas soulagé. On remarqua que la gencive était enflée et à un examen plus exact on reconnut qu’elle était attaquée d’un mal qu’on appela scorbut local et qui exigeait un pansement particulier. En effet, on ne tarda pas à trouver que la mâchoire était cariée, et depuis ce moment, on a appelé au secours le chirurgien major du régiment qui se trouvait heureusement à portée, et M. le général de Wangen, informé de la situation du prince son frère, lui a envoyé un très habile dentiste de Strasbourg. Tous travaillent actuellement à enlever les chairs mortes et les os ou plutôt la partie des os cariés. Ils emploient le fer el le feu, coupant les chairs avec des ciseaux, brûlant les os avec des fers rougis au feu. Ces pansements ne sont cependant