‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 388 sur 612 · MORT DU PRINCE DE WANGEN · texte numérisé non relu

MORT DU PRINCE DE WANGEN

pas douloureux, quoique l’appareil en soit effrayant. Hier on a travaillé pendant une heure et demie. Aujourd’hui le pansement à été plus court. Ce qui nous alarme, est que les chirurgiens ne peuvent encore pas dire quel progrès le mal a fait dans l’intérieur, qui n’est pas encore découvert. Malheureusement c’est la mâchoire supérieure qui souffre, et si la carie devait gagner, les secours de l’art deviendraient inutiles. Nous serons encore quelques jours dans la cruelle incertitude qui nous accable. Dieu veuille la dissiper ! Priez-le, mon cher frère, demandez-lui la conservation d’un prince qu’il nous a donné pour notre bonheur. Je lui sacrifierais ma vie, si elle pouvait sauver la sienne !... Le prince ne tient pas le lit, mais il ne quitte pas sa culbute ou son canapé; nous le voyons tous les jours, mais triste, abattu, souffrant, parlant peu et arrachant les larmes de tous ceux qui le voient. La princesse Christine, qui devait arriver aujourd’hui, a été priée de remettre sa visite à un temps plus favorable. La famille de Son Altesse est ici depuis deux jours pour partager nos alarmes ..."

Le 16 octobre, le conseiller de Bilieux écrivait à son frère: „J’ai perdu le maître le plus aimable, ce prince qui m’honorait de tant de bonté, de tant de confiance, j’ose même dire, de tant d’amitié. Tous les secours de l’art ont été inutiles. Le mal dont il était attaqué, qui paraissait d’abord n’être que local, s’est répandu dans la masse du sang, ou peut-être cette masse du sang déjà attaquée a-t-elle envenimé la plaie à la bouche qui n’était plus qu’une suite du vice du sang. Ça été le 11 octobre 1783, à 10 heures et demie du soir, que Son Altesse a rendu le dernier soupir. Dès la veille, le malade avait demandé et reçu les sacrements de l’Église avec une résignation et une piété qui faisaient couler plus abondamment les larmes des assistants. Le 1 1 au matin, le malade semblait un peu soulagé, la fièvre était moindre que la veille, mais la plaie n’était pas en meilleur état et la respiration continuait d’être courte et gênée. Vers les sept heures et demie du soir, une faiblesse survenue donna de grandes alarmes; elle ne dura cependant pas, mais le pouls continua de diminuer et enfin à dix heures et demie le prince expira, après environ une demie heure d’agonie. Il a conservé une présence d’esprit parfaite jusqu’au dernier moment et le seigneur lui a fait la grâce de lui épargner toute douleur pendant sa maladie. Il ne souffrait que de l’accablement. Depuis longtemps, il avait fait à Dieu le plus généreux sacrifice de sa vie, et durant le cours de sa maladie, il ne lui est échappé aucune plainte, aucun murmure. C’était la patience et la résignation même. A l’ouverture du cadavre, on a trouvé le foie, la rate et l’estomac gangrenés, le cœur même était attaqué ainsi qu’un des poumons. La gangrène avait fait tant de ravages que pendant les trente-six heures environ qui se sont écoulées depuis la mort jusqu’à l’ouverture du corps, il en paraissait des marques extérieures. Je ne saurais vous dire toute la consternation et l’affliction de la cour et de la ville. Aujourd’hui nos seigneurs du Haut Chapitre régnant sont arrivés. Ils sont tous ici, sauf M. le grand-doyen et M. de Blarer le grand-chantre."

Le P. Voisard, dans son journal, confirme ces détails et en ajoute d’autres. „Le 8 octobre, une fièvre putride s’est manifestée chez notre prince. Dans toutes les églises on fait des prières, au collège à neuf heures du matin, aux Ursulines à sept heures, aux Annonciades à cinq heures, à la paroisse à six heures du soir. - Le 1 1 d’octobre, il mourut saintement en présence de Mgr de Lydda, de son chapelain, des PP. Bis et Falcini. Toute la cour éclata en soupirs et en gémissements.

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