CHAPITRE XL
donc, Nos très chers frères, ces prémices de notre Épiscopat, comme un gage de la sollicitude pastorale que nous vous avons vouée; et soyez, nous vous en conjurons, soyez dociles à la voix d’un pasteur prêt à donner sa vie pour ses brebis, toujours présentes à son esprit, malgré l’éloignement qui le tient séparé d’elles; car Dieu nous est témoin combien tendrement nous vous aimons tous dans les entrailles de Jésus-Christ. Et la prière que nous faisons, c’est que votre charité devienne de plus en plus éclairée et prudente en toutes manières, afin que vous jugiez de ce qui est le meilleur, que votre conduite soit pure et innocente jusqu’au jour de Jésus Christ. (Philipp. c. I, v. 8, 9, 10.)
„Le Seigneur nous a affligés d’une plaie terrible; il a frappé le pasteur et les brebis ont été dispersées. Ne pourrons-nous pas nous appliquer à nous-mêmes dans ces temps de calamité, ce que dit le prophète Jérémie dans ses lamentations sur le sort malheureux de la cité de Jérusalem jadis si florissante ! Les rues de Sion pleurent, nous dit-il, parcequ’il n’y a plus personne qui vienne à ses solennités. Toutes ses portes sont détruites, ses prêtres ne font que gémir, ses vierges sont toutes défigurées et elle est plongée dans l’amertume. Ses ennemis se sont élevés au-dessus d’elle; ceux qui la haïssaient se sont enrichis; ses ennemis ont porté leurs mains à tout ce qu’elle avait de plus désirable. Tout son peuple est dans les gémissements et cherche du pain. Ici le prophète fait parler Jérusalem même: Le Seigneur a retiré du milieu de mon peuple tout ce que j’avais d’hommes de cœur, mes enfants se sont perdus parce que l’ennemi est devenu le plus fort. Le Seigneur a rejeté son autel; il a donné sa malédiction à son sanctuaire; il a livré entre les mains des ennemis les murs de ses tours; et ils ont jeté des cris dans la maison du Seigneur, comme dans une fête solennelle. (Jérém. c. I. et II.)
„A ces traits reconnaissez-vous, nos très chers Frères, les maux qui vous environnent vous-mêmes et qui vous accablent plus ou moins? Nous n’en doutons pas et nous pouvons ajouter avec le même prophète, que vos yeux se sont affaiblis à force de verser des larmes et que le trouble a saisi vos entrailles. Mais quelle est la cause de tant de désolations ? Le même prophète, parlant toujours de Jérusalem, répond: parce que le Seigneur l’a condamnée à cause de la multitude de ses iniquités; parce qu’elle s’est attiré la colère du Seigneur, en désobéissant à sa parole.
„Sommes-nous moins coupables que cette sainte cité de Dieu ne l’était? hélas! il est écrit qu’il n’y a pas un homme parfaitement juste . . . Confessons-le dans un esprit d’humilité et avec un cœur contrit, nous avons péché, nous avons offensé Dieu de mille manières; et les justes châtiments que nous souffrons, sont encore infiniment au-dessous de ceux que nous avons mérités . . . “
Après ces touchantes paroles, le vénérable prélat exhorte ses peuples à la pénitence ; il rappelle l’observance du carême, le jeûne, la prière, les bonnes œuvres ; puis il s’écrie:
«Réfléchissez surtout, et vous particulièrement qui gémissez sous le joug de l’irréligion la plus révoltante, réfléchissez que vous ne devez point vous laisser ébranler par les persécutions qui vous arrivent; vous n’ignorez pas que nous y sommes destinés. Demeurez intrépides au milieu de vos adversaires: ce qui cause leur perte vous procurera le salut; et reconnaissez en cela Dieu lui-même; car il ne vous a pas été seulement accordé de croire en Jésus Christ, mais encore de souffrir pour lui . . .“ (I. Thess. c. III; Philipp. c. I.)
Ayant égard à la disette dont la grande majorité de son diocèse est accablée, au point de ne pas même pouvoir se procurer à choix les aliments les plus convenables à sa subsistance, l’évêque de Bàle accorde, en gémissant sur les calamités du temps, la permission de faire gras pendant le carême de 1795, tous les jours de la semaine, excepté les vendredis et les samedis, et le mercredi des Cendres et celui des Quatre-Temps et les quatre derniers jours de la semaine sainte. Il prescrit chaque dimanche l’exposition du saint ciboire à l’office et des prières spéciales.