PAR LA GRACE DE DIEU ET DU SAINT-SIEGE APOSTOLIQUE
ÉVÊQUE DE BASEE, PRINCE DU ST- EMPIRE etc. etc.
A tous les Membres de Notre Clergé, et à tous les Fidèles réunis à notre Diocèse, par le Bref de Notre Saint Père le Pape, en particulier, et en général à tous ceux de notre Diocèse, Salut et Bénédiction en Notre- Seigneur Jésus-Christ.
Après tant d’années d'une séparation douloureuse il Nous est donc donné, N. T. G. F., de Nous réunir à Vous! après tant de jours sombres et orageux, tant de jours mauvais, le Ciel Nous en réservoit donc un, qui devoit essuyer nos larmes, consoler nos vieux ans, et éclairer des rayons d’une douce espérance les derniers pas de Notre carrière apostolique! Vous Nous êtes rendus, N. T. G. F., Vous la plus ancienne portion de Notre saint héritage, Vous les premières ouailles du troupeau, Vous au milieu desquels Nos illustres et glorieux Prédécesseurs se plurent à fixer leur séjour, et qui conservez encore le dépôt sacré de leurs cendres vénérables. Vous êtes rendus à nos vœux et à notre tendresse! Ah! l’instant qui Vous sépara de Nous, ne Vous sépara jamais de Notre cœur, Nous Vous avons toujours redemandés au Seigneur, il a exaucé nos soupirs, et c’est dans l’effusion de Notre âme, que Nous nous écrions avec l’Apôtre: Béni soit Dieu et le Père de Notre Seigneur Jésus-Christ, ce Père des miséricordes , ce Dieu de toute consolation, qui nous console dans tous nos maux, afin que Nous puissions consoler Nous-mêmes ceux qui sont dans V affliction. (II. Cor. 1, 3.)
Ge n’est pas, N. T. G. F., que Nous ayons jamais manqué de résignation; car dès que le Chef suprême de l’Église Nous eût fait connoître sa volonté et exigé de Nous un acte de renonciation à cette partie de notre Diocèse, Nous nous décidâmes à la remettre entre ses mains. Nous crûmes voir la Religion en pleurs nous demander ce sacrifice, pouvions-Nous balancer? cette sainte charité, qui ne pense point le mal,
1 „Pius P1J. VII. Venerabilis frater. Salutem et apostolicam benedictionem. Quæ diœcesis tuæ pars cogentibus circumstantiis . . . Datum Roinæ apud S. Mariam majorent . . . “ Ce bref est imprimé à la suite de la lettre pastorale de Mgr de Neveu, du 9 janvier 1815.
OIB XAVIER DE EEYEV
PRINCE-ÉVÊQUE DE BALE
MANDEMENT DE MfiR DE NEVEU
qui espère tout et n’a d’autre prudence que sa simplicité, fit taire tous nos doutes, calma toutes nos inquiétudes et Nous consola par la pensée, qu’en cédant une portion de nos droits, Nous concourrions au rétablissement et à la paix de l’Église, et que cet exemple de soumission de notre part pouvoit n’être point inutile aux fidèles dans un temps, où l’orgueil s’irritoit de toute dépendance. D’ailleurs, à l’exemple de nos pieux et saints Prédécesseurs, Nous avons toujours professé un attachement inviolable à ce centre de l’unité catholique, où se conserve la foi indéfectible de Pierre, en qui et par qui, comme dit l’Apôtre, tout le corps des pasteurs et des fidèles uni par les liens de la foi et de la charité reçoit, comme de sa source unique, l’esprit et la vie, et croit jusqu’à la plénitude , selon laquelle Jésus-Christ doit être formé en Nous (Ephés. 4, 13—16). Nous étions en outre pénétré d’une vénération toute particulière pour les vertus et les lumières personnelles du Saint Pontife que la main du Seigneur avait choisi entre tous les Forts d’Israël pour tenir le gouvernail de son Église au milieu des plus furieuses tempêtes, dont ce mystérieux vaisseau ail jamais été assailli. Nous étions assuré qu’une profonde sagesse présidoit à ses conseils, et que plus les mesures qu'il prenoit, sortoient de l’ordre commun, plus elles méritoient de notre part un silence de respect et de soumission. Quelque douloureuse que fût donc la plaie, que cette séparation fit à notre cœur paternel, néanmoins en Vous voyant sortir de l’enceinte de notre bercail pour passer sous la garde d’un autre pasteur, Nous nous contentâmes d’élever les yeux vers le ciel et de conjurer le Seigneur de Vous donner dans la personne de celui qui alloit remplacer notre ministère auprès de Vous un bon ange, un ange tutélaire, qui guidât vos pas dans ses voies, un pasteur selon son cœur, qui par la bonne odeur de ses vertus, par la sainteté de ses exemples, par la pureté de sa doctrine, rétablît parmi Vous le règne de Jésus-Christ. Ce fut là, N. T. C. F., Notre unique vœu, et Nous nous rappelâmes ce que St. Paul disoit dans une occasion peu différente: Que m’importe pourvu que J. C. soit annoncé , qu’il le soit par un autre ou par moi, je m’en réjouis et m’en réjouirai toujours. (Philipp. 1. 18.)
Tels furent nos sentimens dans cette grande circonstance, N. T. C. E. ; Nous vous les exposons avec simplicité, parce que Nous croyons qu’il Vous est utile de connoître l’esprit qui nous anime, et la tendresse que Nous vous avons toujours portée.
Aujourd’hui que le Seigneur Nous rappelle vers Vous, Nous nous hâtons d’obéir à sa voix et de venir Nous-mêmes recueillir les témoignages de votre attachement à notre Personne, car Nous connoissons vos sentimens pour Nous, et Nous avons versé des larmes d’attendrissement, lorsque Nous avons vu l’empressement avec lequel Vous Nous avez fait exprimer par des membres distingués de Notre Clergé et de l’Autorité civile, la joie que Vous éprouviez en Vous trouvant replacés sous Notre conduite spirituelle. Touchant donc au moment de Nous réunir à Vous, le cœur plein de désirs, Vous serrant déjà dans nos bras, Nous Vous adresserons ces paroles si touchantes, que l’Apôtre écrivoit aux fidèles de Corinthe: O nos bien- aimés! Notre bouche s’ouvre vers vous, Notre cœur s’est dilaté par l’affection qu’il vous porte, nos entrailles sont émues pour vous; que les vôtres le soient donc aussi pour Nous, rendez Nous amour pour amour; Nous vous parlons comme un Père à des enfans, étendez aussi pour Nous votre cœur. (II. Corinth. 6, 11. 12. 13.)
Ce sera par ce retour d’amour et de zèle, N. T. C. F., que Vous adoucirez les peines et les amertumes qui nous attendent dans l’exercice de notre futur ministère: car Nous ne Nous dissimulons pas les obstacles que Nous aurons à combattre et à vaincre, hélas ! depuis tant d’années l’homme ennemi sème les scandales dans le champ du père de famille et ravage sa vigne avec tant de fureur! Vous le savez, N. T. C. F., et Vous en gémissez, Vous, qui conservez encore de l’attachement à la religion de vos Pères. Sans doute tous les siècles ont vu des désordres, tous les âges ont compté des impies, des ennemis de la croix de J.-C., S. Paul le déploroit déjà de son temps, mais quand furent-ils si nombreux, si audacieux, que de nos jours, quand l’immoralité porta-t-elle un caractère plus odieux et plus effrayant? Le vice n’est plus seulement l’effet de la fragilité, c’est le résultat du raisonnement; on rougirait d’être libertin par penchant et par faiblesse, on veut l’être par force d’esprit et par vanité; ce n'est plus l'un ou l’autre obscur individu, qui ose élever une voix