CHAPITRE XL
séditieuse contre la Religion, c’est la masse presqu’entière de tous ceux que la naissance, le pouvoir ou la prétention aux talens distinguent de la foule, qui semblent chercher, on ne sait quelle déplorable gloire dans le mépris de tout culte et de toute croyance ; aussi jetez les yeux autour de vous, analysez les mœurs publiques, grand Dieu ! Que verrez-vous ? Quelque peu de vertu échappée du naufrage, une corruplion presque générale, nul vestige de l’heureuse simplicité de nos anciennes mœurs, tous les liens de la société relâchés ou rompus, l’orgueil brisant toutes les barrières, impatient de toute subordination, blasphémant toute autorité (Jud. 8.), les loix dépouillées de leur divine sanction et devenues le jouet des intérêts privés, le luxe confondant tous les états, dévorant toutes les fortunes, desséchant toutes les sources de la richesse publique et se faisant désormais un besoin de la fraude et de l’injustice ; la sainteté des mariages profanée, des époux sans union, des familles sans tendresse, une jeunesse sans frein, le sexe sans pudeur, le frère armé contre le frère, le citoyen contre le citoyen ; les ministres de la religion livrés au mépris, chancelant sous le poids des fatigues, luttant à forces trop inégales contre des légions d’ennemis, voyant chaque jour leurs rangs s’éclaircir et presque nul espoir de réparer leurs pertes, en un mot s’opposant en vain à un torrent, qui menace de tout entraîner.
Le règne des passions a enfanté celui de l’incrédulité, les discours des méchants ont prévalu (Psaume 64. 4.), les vérités saintes ont été obscurcies, la foi est mourante, la semence de vie ne tombe plus que parmi les épines et les embarras du siècle, ou sur des cœurs arides et pétrifiés, ou dans des esprits dissipés et volages; elle ne sert désormais qu’à rendre plus criminel en rendant plus inexcusable; la source des grâces ne coule plus que pour un petit nombre d’âmes justes, qui vont y puiser dans le désert ; le jour du Seigneur est devenu le jour du crime, les préceptes de l’Église ne sont plus que des objets de mépris et de dérision; on ne reconnoît plus ni Dieu, ni providence dans les événemens; on n’y voit que les ressorts de la politique, ou l’effet du hazard; chacun se livre aux inventions de son propre cœur, chacun se fait à lui-même sa loi, sa conscience, sa religion, et si de prompts et puissants remèdes ne sont mis en usage, bientôt nous serons réduits à chercher le christianisme au milieu des chrétiens sans pouvoir le trouver.
Voilà, N. T. G. F., le spectacle déchirant, qui s’offre à nos regards, voilà le fruit de tous ces systèmes de politique et de philosophie tant vantés! — des débris et des ruines! Mon Dieu! est-ce là votre héritage, cet héritage chéri, que Vous aviez si miraculeusement préservé de l’erreur des derniers siècles ! cet héritage si heureusement distingué par la candeur de ses mœurs, par la ferveur de sa foi, par l'esprit de paix et d’union, qui en faisoit un peuple de frères, et où fleurissoit depuis tant de siècles toute la beauté des vertus évangéliques! est-ce là votre héritage?
Lorsque Néhémias à son retour de la captivité entra dans Jérusalem et aperçut les murs du temple renversés, les portes réduites en cendres, le sanctuaire ouvert à la profanation, l’herbe croissant jusque sur les marches de l’autel, il tomba la face contre terre et poussa des cris lamentables: Venez, disoit-il aux Prêtres, aux Lévites, aux Chefs du peuple, venez et voyez l’ouvrage des ennemis du Dieu de Jacob! Allons, relevons ensemble la gloire d’Israël et la maison du Seigneur! et tenant, dit l’Écriture, le glaive d’une main, de l’autre, il jet oit les fond emens du temple. (Néhém. ü2. 17; ibid. 4, 17.)
Ainsi travaillerons-nous Nous-mêmes, N. T. G. F., à relever la maison du Seigneur; ainsi Vous appel lerons-Nous autour de Nous, Vous nos chers et dignes Collaborateurs, Vous qui méritez notre confiance à tant de titres, qui l’avez conquise par votre inébranlable fermeté dans les persécutions, par le zèle désintéressé, qui vous anime, par vos mœurs irréprochables, par la sagesse de votre conduite dans des tems difficiles. Nous unirons nos efforts aux vôtres, Nous nous aiderons de vos conseils, Nous consulterons vos lumières, Nous relèverons ensemble ce qui étoit tombé et, selon le langage d’un prophète: Nous arracherons et nous planterons, nous détruirons et nous édifierons (Jérém. L 10.), tenant d’un côté le glaive de la parole levé contre l’impiété, de l’autre, Nous encouragerons la vertu par l’ardeur de notre charité. Les obstacles et les fatigues ne nous effraient point; Nous pouvons tout en celui qui nous fortifie (Philipp. 4, 14.), nous ne craignons rien, notre vie n’est pas plus précieuse que Nous-mêmes, il nous suffit,