‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 478 sur 612 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Le prince de Neveu ne se laissa pas arrêter par les réclamations et les agissements des vicaires capitulaires de Strasbourg. Armé du bref de Pie VII, il résolut de reprendre en personne possession de son ancien diocèse, qui lui était rendu par le souverain pontife.

Dans les derniers jours de janvier 1 8 1 5, le prince, accompagné de M. d’Andlau, arriva à Delémont, où il fut accueilli avec beaucoup d’enthousiasme. La ville avait envoyé pour le recevoir à Laufon, une voiture à six chevaux, fournis par les laboureurs de Delémont qui les conduisirent eux-mêmes. Le carrosse princier était escorté par des cavaliers choisis parmi les jeunes gens de la vallée. A Delémont, le prince logea à la sous-préfecture, autrefois la châtellenie, et mangea, comme s’exprime le curé Kætschet, chez M. de Grandvillers, ci-devant lieutenant-colonel au régiment suisse de Reinach, au service de France. Tous les curés et les maires lui allèrent faire la révérence, ainsi que les autorités de la ville. Ces premières autorités, remarque M. Kætschet, et une partie des curés ont été admis à la table de Son Altesse. 1 Les autres curés et les maires ont dîné à l’auberge, ou aux frais de la ville ou à ceux du prince. Le lendemain, poursuit notre chroniqueur, 39 janvier, dimanche de la Sexagésime, il a officié pontificalement à l’église de la paroisse, où il est allé et d’où il est revenu en habits pontificaux, ayant sa crosse en main et donnant sa bénédiction à tous ceux qui se mettaient en foule à genoux sur son passage. Le lendemain, il partit pour Porrentruy, dans le carrosse qui l’avait amené à Delémont et avec la même escorte. 2 Une députation des Franches- Montagnes attendait le prince aux Rangiers pour le féliciter. Le clergé avait signé une adresse qui exprimait la joie dont il était pénétré. 3

On y chanta des couplets, dont voici deux strophes:

La voilà donc cette journée, Qu'appelaient dès longtemps nos vœux, En fixant notre destinée,

Vous nous rendez tous heureux.

Quand Delémont vous possède, Il s’empresse de vous fêter,

En zèle à nul autre il ne cède, Vous avez su l’enchanter.

2 Kætschet, Histoire du pays de Porrentruy, t. II. p. 72 et suiv. = 3 Cette adresse, dont nous possédons l’original, était ainsi conçue : „ Monseigneur ! Interprètes des sentiments du clergé et du peuple du canton de Saignelégier, nous avons le bonheur de présenter à Votre Altesse les hommages de notre amour filial, de notre fidélité inviolable et de notre respect le plus profond. Nos vœux sont enfin exaucés, car le Ciel dans sa clémence nous rend un bon Pasteur, un chef illustre, un fidèle Evêque et selon le cœur de Dieu, pour nous distribuer les grâces spirituelles. Il nous accorde un Prince chéri et renommé par sa haute sagesse et par sa tendresse paternelle envers ses sujets, un Évêque et un Prince admiré par ses rares vertus et ses lumières et honoré de l’estime du Souverain Pontife et des plus grands monarques de l’Europe, un Évêque et un Prince considéré comme le Restaurateur et l’ange tutélaire du diocèse de Bâle, le Père de la Patrie, le sûr garant de la paix et de la félicité publique. Ainsi, Monseigneur, votre retour si désiré a fait succéder aux jours d’orage, de deuil, et d’affliction, des jours de sérénité, de joie et de consolation. Voilà les prodiges opérés par le Seigneur. A Domino factum est istad. La divine Providence nous a comblés de bienfaits ineffables; il est juste de lui en témoigner une reconnaissance immortelle. C’est donc une douce satisfaction pour nous de concourir aux applaudissements et aux acclamations qui éclatent de toutes parts, c’est, pourquoi nous allons encore faire retentir nos temples de nos chants d’allégresse, d’actions des grâces, de prières et de vœux pour la précieuse conservation de Votre Altesse. “ Cette adresse était accompagnée du chronogramme suivant:

OMnes sVb GLaro Gantantes præsVLe gaVDent.

Une pièce de vers latins célébrait aussi le retour du prince. Nous ne citons que ceux-ci:

Cuncti lætantur sub tanto Principe, cuncti Et rénovant plausus, corde calente, suos.

Fausta vovent Contin, Lhoste, Aubry, Rebeté, Voirol,

Farine, Delémont Gobatidesque simul.

Præsule sub tanto grates jam, clere, repende.

Ergo vive diu, summo tu vive Tonanti, Gaudia sis populi, gaudia sisque Dei.

Vive diu felix, te numen servet in ævum, Donec pro meritis sit Paradisus. Amen.

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