‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 508 sur 612 · CHAPITRE XLI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLI

faire bénéficier les communes du canton des biens des couvents supprimés. On leur alloua un demi million. Mais un grand nombre de communes catholiques refusèrent cet argent qui provenait du vol. On les força d’accepter titres et argent et on usa de tous les moyens pour leur faire prendre part à la spoliation des couvents (1844). Cette attitude énergique de plusieurs paroisses argo viennes consola le cœur de l’évêque de Bâle, attristé par tant d’attaques. Le canton d’Argovie lui réservait encore bien d’autres coups.

En Argovie, l’abbaye de Mariastein possédait le droit de collation de la paroisse de Wittnau qu’elle faisait administrer par un de ses religieux. En 1851, le gouvernement argovien expulsa violemment le religieux desservant cette paroisse et le remplaça par un jeune prêtre séculier de son choix. Après avoir mis sous séquestre tous les biens appartenant à cette cure, le gouvernement veut encore que le couvent spolié fournisse de ses deniers à la dotation complète de ce bénéfice ecclésiastique. On ne peut être plus exigeant.

Le Grand Conseil de Lucerne supprime l’antique abbaye de Saint-Urbain et vend en 1853 toutes ses propriétés (bâtiments, scierie, moulins, huit fermes de six cent soixante-dix arpents de terre à semer et de mille soixante-dix arpents de forêt), pour 1,250,000 francs, à un protestant de Berne, M. Cunier, qui fait aussitôt une coupe de bois de six cent quatre-vingt mille francs. En 1871, le gouvernement de Lucerne a racheté le couvent avec quatre cents arpents de terre pour six cent mille francs et a installé, au lieu et place des religieux expulsés, une maison d’aliénés.

A Baldegg, au canton de Lucerne, quelques pieuses tilles vivaient depuis vingt ans dans la pratique des vertus chrétiennes, occupées de l’éducation des jeunes fdles qu'elles formaient à la piété et à la vie pratique. Le 8 avril 1853, le gouvernement de Lucerne leur enjoint de quitter immédiatement leur maison. Les sœurs émigrèrent dans le canton de Zoug. Ce ne fut qu’en 1860 qu’elles purent retourner à Baldegg. — En 1854, trois étudiants en théologie, du canton d’Argovie, ne trouvant pas de séminaire dans le diocèse de Bâle, étaient allés à Fribourg en Brisgau, où on les avait reçus au séminaire de cette ville. Le gouvernement leur donna l’ordre de quitter aussitôt cet établissement, sous les peines les plus sévères. — En 1850, un prêtre apostat se marie devant un pasteur protestant, avec le consentement et l’autorisation du gouvernement de Lucerne qui connaît pourtant les décrets du concile de Trente sur la question du mariage.

Nous ne voulons pas faire ici l’histoire de l’expédition des corps-francs, de la guerre du Sonderbund, avec ses tristes et déplorables résultats. Cette histoire est faite et nous y renvoyons nos lecteurs. Ces attaques incessantes contre la sainte Église remplissaient de douleur l’évêque de Bâle ; la suppression de l’illustre abbaye de Saint-Urbain, qui était la gloire de son canton de Lucerne, lui causa surtout une profonde tristesse. Durant toutes ces agitations du radicalisme, Grégoire XVI était mort (1 juin 1846). Mgr Salzmann avait annoncé ce douloureux événement à ses diocésains par une lettre pastorale du 11 juin 1846.

„Ce pontife auguste, disait-il, nouveau Grégoire le grand, a conduit pendant quinze ans la barque de S. Pierre à travers les vagues orageuses du monde. Par sa fermeté, par sa vigilance à diriger, à défendre l’Eglise de Dieu, à conserver, à propager la religion catholique, par sa charité sans bornes envers les pauvres, par une activité infatigable, par sa constance et sa patience à toute épreuve dans les afflictions, enfin par toutes sortes de vertus, Grégoire XVI a édifié et pénétré d’admiration tous les fidèles. Si main-

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