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SPOLIATIONS DES COUVENTS D’ARGOVIE

lui accorda les bâtiments du couvent de Gries où les exilés de Mûri installèrent leur communauté proscrite. Aujourd’hui l’abbaye de Muri-Gries est en pleine prospérité et à l’abri du radicalisme suisse. Un collège florissant à Sarnen, tenu par les Pères bénédictins de Muri-Gries, atteste la vitalité de l’ancienne abbaye.

Wettingen, le vieux couvent cistercien, fondé en 1227 près de Baden, eut le sort de Mûri. Il y avait eu dans cette illustre abbaye une imprimerie tenue par les moines. Sept couvents de Giteaux dépendaient de Wettingen. Quarante-six abbés avaient gouverné ce vénérable monastère. Le même décret le supprima. Comme Mûri, Wettingen se réfugia en Autriche sur les bords du lac de Constance. Un ancien couvent, Mehrerau, attendait des moines; l’Abbé Léopold Hôchle y installa sa communauté proscrite qui forme aujourd’hui la florissante abbaye de Wettingen-Mehrerau.

On estime à neuf millions les biens provenant des couvents supprimés d’Argovie. Un demi million fut donné aux communes catholiques. Deux cent mille francs servirent en 1845 à racheter les corps-francs qui étaient tombés aux mains de Lucerne. En 1859, des neuf millions confisqués, il ne restait disponibles, en caisse, que 848,755 francs: le reste avait disparu entre les mains des administrateurs et des employés de l’État.

Une école d’agriculture a été installée par le gouvernement d’Argovie dans le célèbre couvent de Mûri. Dans les écuries sont des tablettes portant les noms des pièces de bétail qui y sont enfermées. La Gazette ecclésiastique suisse (3 juillet 1861) a relevé les noms des vaches gouvernementales, ce sont : Adelgonde, Sabine, Agathe, Berthe, Judith, Rébecca, Fanny, Anneli, Dorothée, Xantippe. Cette école a mal fini. En 1861, le gouvernement de Lucerne a vendu à des Anglais les magnifiques stalles en chêne sculpté du chœur de Saint -Urbain. On y voyait représentées, avec un art exquis, des scènes de la Bible. Les orgues de cette antique abbaye furent vendues de même.

La ruine de ces illustres abbayes plongea dans la douleur l’évêque de Bâle qui voyait s’éteindre ces grandes lumières de son Église. Le canton de Thurgovie suivit l’exemple de l'Argovie (en 1844).

Mgr Salzmann, dans son mandement de carême du 26 janvier 1845, exprima sans doute la tristesse que jetaient dans son âme ces spoliations répétées. Le gouvernement de Berne interdit aussitôt la lettre pastorale de l’évêque de Bâle qui ne fut pas publiée. Nous insistons sur ce fait pour prouver que Mgr Salzmann, malgré son esprit de conciliation, n’a pas toujours eu à se louer des gouvernements avec lesquels il devait traiter chaque jour. 1

Après les couvents d’Argovie, le chapitre de Baden avait été sérieusement menacé. Le conseil communal de cette ville, en mai 1844, s’était emparé de l’ administration des biens de la collégiale. Les chanoines avaient résisté et protesté; sur quoi la municipalité avait fait enfoncer portes et armoires et s’était emparée des titres et des papiers du chapitre. Le Grand Conseil argovien voulut

1 Voici la lettre écrite le 12 février 1845 au préfet de Delémont par l’avoyer Neuhaus: „Nous avons eu des motifs de refuser notre permission à la publication de la lettre pastorale du 26 janvier 1845, qui nous a été soumise par l’ordinaire diocésain, et nous vous chargeons en conséquence de défendre de la manière la plus péremptoire aux curés desservants catholiques de votre district, sous leur responsabilité personnelle, de lire publiquement cette lettre pastorale, si elle leur a déjà été envoyée ou si elle leur est transmise par l’évêque. Vous veillerez à la stricte observation de cette défense et vous nous ferez rapport si cette lecture avait peut-être déjà eu lieu quelque part." Dans nos archives.

Évêques de Bâle *

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