‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 522 sur 612 · CHAPITRE XLII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLII

et les chanoines devaient élire l’évêque parmi les trois candidats restants. Conformément à cette disposition, les chanoines réunis, le 26 février 1863, présentèrent une liste de six candidats aux délégués des cantons, qui, sans respect pour le concordat, les rayèrent tous, n’en jugeant aucun digne de leur préférence.

En face de cette illégalité, le chapitre ne sachant quel parti prendre commit l’un de ses membres pour se mettre en relation avec les délégués cantonaux, et de ces pourparlers il résulta un accord d’après lequel le Chapitre présenterait une nouvelle liste de six candidats, au nombre desquels devait figurer tel et tel nom. Cette nouvelle liste fut dressée, et après les trois radiations faites par les délégués, il ne restait plus que M. Keiser, directeur du séminaire diocésain, M. Lâchât, curé-doyen à Delémont, et M. Leu, prévôt de la collégiale de Lucerne. Ce fut M. Lâchât qui obtint la majorité des voix du chapitre et qui fut nommé évêque de Bâle. Le vicaire capitulaire annonça cette heureuse nouvelle au diocèse par une lettre qui excita une joie universelle et provoqua de ferventes actions de grâces.

Après son élection, Mgr Lâchât, quitta Delémont pour se rendre à Munich, afin de se perfectionner dans l'usage de la langue allemande qui est celle de la majorité de ses diocésains. Pendant ce temps l'enquête canonique avait eu lieu et Mgr Lâchât était préconisé à Rome par le pape Pie IX, dans le consistoire du 28 septembre 1863. Le sacre du nouvel évêque eut lieu à Soleure, le 30 novembre 1863, fête de l'apôtre S. André. MgrRæss, évêque de Strasbourg, fut le prélat consécrateur. Il était assisté par Mgr de Preux, évêque de Sion, et par Mgr Greith, évêque de Saint -Gall. Étaient présents Mgr Marilley, évêque de Lausanne, Mgr Charles Schmid, Abbé de Mariastein, le célèbre Père Théodose, M. Mermillod, alors curé de Genève, et les délégués des États diocésains. Une foule immense et sympathique remplissait la cathédrale et suivait tous les détails de cette imposante cérémonie. Un banquet réunit les principaux assistants à l’hôtel de la Couronne , et la plus franche cordialité ne cessa de régner parmi les convives, malgré de profondes dissidences en matière politique et religieuse. Sur la fin du repas il y eut une explosion de toasts, en différentes langues, portés par les évêques et les délégués des gouvernements. Le nouvel évêque proclama qu’il n’avait point d’autre programme que l’évangile. Mgr Greith, en parlant de l’accord de la science avec la foi, souleva d’unanimes applaudissements. M. Wilhelm Vigier, président du gouvernement de Soleure, célébra en français l’union de l’État et de l’Église, en donnant à l’Église le nom de „mère sublime". M. Mermillod vit dans cette fête un présage de ce qui doit se réaliser un jour, par suite de la destruction des obstacles qui séparent les intelligences et les cœurs, et par l'union de tous pour le bien de la commune patrie. La fête fut splendide, et le soir, à la tombée de la nuit, la cathédrale rayonna de mille lumières, du milieu desquelles se détachait le nom de Mgr Eugène Lâchât, au-dessus des armes parlantes qu’il avait choisies: un agneau et un lion, avec cette devise : Suavité r oc fortiter. Quel était le passé du nouvel évêque, et comment s’était-il préparé à son élévation à l’épiscopat, c’est ce qu’il faut dire en peu de mots.

Aimable Jean Claude Eugène Lâchât était né, le 14 octobre 1819, à Montavon, commune de Réclère, district de Porrentruy. Sa famille appartenait à cette classe d’agriculteurs, aux mœurs simples et patriarcales, chez qui les traditions religieuses se sont transmises, pures et intactes, de génération en génération. Sous le régime de la Terreur, les prêtres proscrits allaient chercher un refuge dans les fermes

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